Warwara s'enveloppa de fourrures, prit un gendarme avec elle et monta dans le traîneau du seigneur, qui se dirigea aussitôt vers Baranow. Il faisait nuit quand ils arrivèrent; la seigneurie était entourée de paysans, les femmes tenant des torches de résine dont la rouge lumière projetait comme des taches de sang sur les faux de leurs maris. Grâce à la présence de mademoiselle Gondola et du gendarme, Kutschkowski put gagner sain et sauf la salle du rez-de-chaussée, où était réunie sa famille.
—Voici, dit-il, un ange qui vient à notre secours.
Sa femme se jeta, éperdue de reconnaissance, dans les bras de la jeune fille.
Tandis qu'elle la couvrait de baisers et de bénédictions, Kutschkowski s'entretenait à voix basse avec sa belle-mère:
—Hélas! dit-il enfin d'une voix brisée, il est impossible de nous procurer tout l'argent que vous demandez; prenez les cent ducats, et ayez pitié de nous!
Mais l'ange resta inébranlable.
—S'il en est ainsi, je ne puis rien en votre faveur; mon père m'adresserait des reproches: une lourde responsabilité pèse sur lui. Les Polonais gagnent du terrain, il est nécessaire de faire un exemple par-ci par-là. Je prendrai l'argent pour la peine que j'ai eue, et je veux bien encore exhorter les paysans.
—Mais on égorgera ces innocents! s'écria le seigneur hors de lui.
—Je n'y puis rien.
—Vous signez donc notre arrêt de mort?