—Puisque tu l'exiges, cher amour, nous ferons ce compte, mais ne t'en préoccupe pas d'avance! Loin de moi la pensée de te demander... C'est une bagatelle. J'ai tout noté... le total est de cinq mille six cent quarante-deux florins, vingt-trois kreutzers. D'ailleurs tu vérifieras toi-même.
—Quelle idée!...
Comme elle avait passé un bras autour de son cou, Maryan n'entendait que la douce musique de sa voix, sans s'arrêter aux paroles:
—Puisque tu y tiens tant et pour l'ordre seulement, finit-elle par ajouter, je te permets de me souscrire un billet. Tu seras calme ensuite? Tu ne diras plus que je ne te traite pas en homme d'honneur?
Le sourire de Warwara était si délicieux, son étreinte si tendre, que Maryan prit machinalement la plume qu'on lui tendait. Tandis qu'il écrivait, Warwara affectait de son côté un air d'indifférence: elle étirait avec un léger bâillement ses membres magnifiques. Quand Maryan lui remit le billet, elle le posa sur la cheminée sans y jeter un coup d'oeil; blottie plus près encore de son amant, elle reprenait sur ce malheureux, par tous les sortiléges dont elle savait la puissance, son diabolique empire.
Cette nuit-là, Maryan fut arraché au premier sommeil par le contact léger d'une main froide comme un flocon de neige. Warwara était debout devant son lit.
—Ne te fâche pas si je te trouble encore une fois, dit-elle; mais, cher, tu as oublié dans ton billet les vingt-trois kreutzers.
Maryan sourit faiblement. Elle fit de la lumière, lui apporta le précieux papier et trempa elle-même la plume dans l'encre.
—Combien as-tu dit?...
—Vingt-trois kreutzers... tu sais bien.