Aiguise ta faucille;
Dans la steppe, belle fille,
Le froment est mûr!
Au matin revinrent l'huissier, le clerc et le juge du village. Ils avaient reçu l'ordre exprès de conduire en prison Maryan Janowski, la baronne Bromirska ayant demandé, outre la saisie, la contrainte par corps. Théofie les conduisit dans la chambre funèbre, où brûlaient six grands cierges autour de Maryan, qui, pâle, paisible, plus beau que jamais, les mains jointes sur les fleurs qui jonchaient sa poitrine, semblait dormir. La fenêtre était restée ouverte, et, sur le rebord, l'hirondelle, familièrement perchée, jetait son petit cri doux et triste devant le catafalque drapé de noir.
—Le voici, dit avec amertume madame Janowska. Conduisez-le en prison si vous voulez.
Les trois hommes firent le signe de la croix et s'agenouillèrent pour réciter une prière.
VII
Lorsque Warwara reçut le billet de mort à marges noires, elle s'évanouit, et, longtemps après qu'elle fut revenue à elle, ses larmes coulèrent en abondance. Hermine resta pelotonnée dans un coin jusqu'au soir et du soir jusqu'au matin, sans rien dire. Le lendemain, elle fit offrir le saint sacrifice pour le repos de l'âme du défunt et pria de tout son coeur.
Le premier rayon du soleil d'été ramena la baronne à Separowze. Elle apprit que madame Janowska habitait encore la maison où était mort Maryan et résolut d'aller lui rendre visite. La veuve, en grand deuil, la reçut avec plus de surprise que d'indignation; elle répondit à toutes les questions qui lui furent posées sur les derniers moments de son mari. Warwara, ayant fini de l'interroger, regarda, non sans quelque embarras, ses ongles roses et murmura timidement:
—Parlons, s'il vous plaît, de la somme que me devait le pauvre homme... vous savez bien, la somme...