Deux jours se passèrent ainsi, jours d'angoisse pour elle. Spectatrice du pillage qu'elle ne pouvait empêcher, Warwara ne sentait pas auprès d'elle, comme l'avait prédit Hermine, une seule personne qui lui fût dévouée. Sous prétexte de la veiller, Piotre et Martschine jouaient aux cartes au milieu de la chambre, en buvant le meilleur vin de la cave et en fumant leur pipe.

—Pourquoi nous en priver, disait Martschine, puisqu'elle doit mourir?

La dernière protestation s'était éteinte sur les lèvres refroidies de Warwara. Tout à coup, elle appela faiblement Mika. La petite chienne s'approcha du lit, flaira le drap et se retira vite. En vain sa maîtresse lui donna-t-elle les noms les plus tendres, elle ne reparut plus. Alors ce coeur de pierre se brisa: Warwara sanglota tout haut.

Ainsi se passèrent les derniers jours qu'elle eut encore à vivre, si l'on peut appeler vivre cette lutte effroyable entre l'âme prête à partir et le corps qui se révolte encore. Enfin l'heure sonna qui efface toutes les douleurs, qui apporte la délivrance au plus méchant comme au meilleur, Mika se mit à pousser sous le lit des hurlements lamentables:

—Qu'as-tu, ma pauvre bête?... murmura sa maîtresse. Faim, peut-être...

Mais Hermine, éclatant d'un rire impitoyable:

—Les chiens hurlent, dit-elle, quand il y a des mourants dans la maison.

—Je ne meurs pas, gémit la baronne, non, je ne meurs pas, je ne veux pas mourir! Qu'on aille chercher le prêtre, ajouta-t-elle quelques instants après.

Quand la cuisinière de Separowze entra au presbytère, j'y étais justement en visite; nous nous hâtâmes de répondre à l'appel de la mourante. Mais il était trop tard. L'agonie avait commencé. Martschine lui ayant dit:—On est allé chercher Sa Révérence M. Kmietowitch,—Warwara répliqua d'une voix que personne ne reconnut:—Qui est celui-là?—comme si elle eût entendu son nom pour la première fois.

Hermine s'approcha du lit: