—Un paysan de Separowze, me répondit M. Kmietowitch; dans la contrée, il était connu pour le pire des ivrognes. Écoutez comme sa veuve le pleure.
En tête du cortège marchait un homme portant la croix; puis les chantres suivaient avec le diacre; six garçons robustes portaient le cercueil couvert de grosse toile blanche, et derrière le cercueil, venait la veuve, les cheveux épars, les vêtements déchirés. Le long cortège d'amis et de voisins, armés de fusils et de pistolets pour la plupart, faisait penser à des cosaques prêts au combat plutôt qu'à des paysans en deuil. Les bruyantes lamentations des pleureuses se mêlaient au murmure des prières et aux sons déchirants du trembit[4]. Quand tout eut fait silence, la veuve recommença ses sanglots et ses gémissements; en même temps, elle se tordait les mains, s'arrachait les cheveux.
Note 4:[ (retour) ] Cor des Karpathes.
—Ah! mon cher Zéphyrin, disait-elle, pourquoi m'abandonner? Comment vivrai-je sans toi, pauvre femme que je suis? Qui donc me battra maintenant, mon Zéphyrin? Qui donc m'accablera d'injures, puisque tu n'es plus, mon trésor? Dis! qui donc boira toute l'eau-de-vie du cabaret, qui donc s'endettera auprès des juifs, comme tu savais si bien le faire?...
Rien de plus étrange que cette lamentation ironique de la veuve qui, délivrée de son tyran, devait néanmoins se soumettre à l'usage. Toute l'humour populaire de la Petite-Russie éclatait dans cette improvisation.
—C'est le jugement du défunt qui commence! fit observer Kmietowitch.
—Comment, pensai-je, jugera-t-on Warwara? Mais non, Warwara n'a rien à craindre; elle a veillé toute sa vie à ce que personne ne pût se trouver là pour gémir derrière son cercueil.
Je me trompais; les splendides obsèques de la baronne furent conduites par Zénobius, qui pleurait comme un enfant.
XIV
Aussitôt après les funérailles, survint le notaire Batschkock pour l'ouverture du testament. M. Kmietowitch et moi nous présentâmes chacun le pli qui nous avait été confié: c'était le même testament écrit en double.