Comment ces événements météorologiques se manifestent-ils sur la carte du 22 mai ? Elle montre peu de changements par rapport à celle du 21. Le vaste anticyclone qui s’étendait le jour du départ sur le bassin arctique persiste. Le calme observé par les explorateurs indique qu’ils ne devaient pas se trouver loin de son centre. Ainsi, d’après la carte, la situation serait très favorable. Rencontrant ce même jour à l’île des Danois un magnifique temps ensoleillé qui se maintint vingt-quatre heures, je fus persuadé qu’il s’étendait jusqu’au Pôle. Or, les observations d’Amundsen nous apprennent que cette prévision ne s’est pas réalisée et que, même dans le cas d’une distribution favorable des hautes pressions, le ciel demeure couvert, au Pôle, à une date aussi avancée vers l’été que la fin de mai[54].
[54] Cette constatation est un des faits nouveaux révélés par l’expédition Amundsen dans le domaine de la météorologie. Pendant l’expédition du Farm, aucune aire étendue de hautes pressions ne pénétra dans le bassin arctique à la fin de mai.
Au 87° 43′ rarement les nuages se dispersèrent. Le 29 mai, par exception, le soleil brilla dans un ciel presque complètement dégagé. Cette clarté était simplement l’indice de l’approche du mauvais temps. Dans la nuit du 28 au 29 mai, une bourrasque de neige passa sur le Spitzberg en marche vers le Nord. Le 30 mai, elle atteignit le camp des explorateurs par 87° 43′. L’éclaircie du 29 avait donc été accidentelle. Si les aviateurs étaient partis ce jour-là pour le sud, ils auraient rencontré un impénétrable tourbillon de neige quelques heures après leur départ. L’existence de temps clair en avant de temps donnant lieu à de fortes précipitations neigeuses ou liquides est un phénomène connu des pays situés sous de basses latitudes. Il est intéressant de savoir qu’il se manifeste également au Pôle.
Ensuite survint une période avec vents dominants de sud et de sud-est, lesquels déterminèrent une hausse rapide de la température. Le 24 mai, la journée la plus froide qu’Amundsen ait observée sur la banquise, le thermomètre descendit à − 12°,5 ; au changement de lune, il remonta à − 7°, et le 7 juin il s’éleva à 0°. Ce rapide passage de la « température hivernale » à la « température estivale » est caractéristique du climat arctique. Au Pôle, le « printemps » dure non pas plusieurs mois, comme sous des latitudes plus basses, mais seulement quelques semaines.
A partir du 7 juin, la température oscilla autour de 0°, un jour s’élevant quelque peu au-dessus, un autre descendant légèrement en dessous ; aussi bien, peut-on considérer 0° comme la température estivale caractéristique du bassin arctique. Souvent des couches d’air provenant du sud, par suite possédant une température supérieure à 0°, arrivent dans cette zone, mais au contact de la banquise elles se refroidissent immédiatement à 0°. Ce refroidissement est, comme je l’ai expliqué plus haut, l’agent génétique des brumes, la glace déterminant la condensation de la vapeur d’eau suspendue dans cet air. La première brume s’étendant jusqu’au niveau de la banquise fut observée le 2 juin ; le 5, elle apparut de nouveau, et par la suite très fréquemment, si bien que les jours complètement clairs devinrent exceptionnels. Heureusement le 15 juin, jour où Amundsen et ses compagnons repartirent pour le sud, la visibilité fut suffisante pour permettre l’envol et pour que ces audacieux explorateurs pussent trouver la route afin de s’échapper du pays des brumes.
TABLE DES GRAVURES ET CARTES
| Pages | |
| Itinéraire de l’expédition Amundsen dans son voyage vers le Pôle et au retour | [15] |
| Spitzberg. — A la baie du Roi, les membres de l’expédition étudient sur la carte le trajet éventuel des hydravions au dessus de la banquise | [22] |
| Spitzberg. — La baie du Roi. Chenal ouvert par un vapeur à travers la banquise recouvrant le fjord pour permettre aux navires de l’expédition d’arriver à Ny Aalesund | [30] |
| Spitzberg. — Débarquement de la coque du N-25 à Ny Aalesund | [46] |
| Spitzberg. — Le débarquement des hydravions à la baie du Roi | [62] |
| Spitzberg. — La mise en place des hélices | [78] |
| Spitzberg. — L’envol du N-24 sur la glace recouvrant la baie du Roi | [94] |
| Spitzberg. — Face à l’océan Glacial arctique, le cap Nord près duquel Amundsen amérit, au retour de son envol vers le Pôle | [109] |
| Les deux avions sur la banquise à 254 kilomètres du Pôle | [110] |
| Amundsen et ses compagnons déblayant la banquise pour mettre le N-25 en sécurité sur un grand glaçon | [126] |
| Les explorateurs charriant des blocs de neige pour combler les crevasses du champ de glace aménagé en champ d’aviation | [142] |
| Ours fuyant devant une embarcation du Hobby qui lui donnait la chasse | [158] |
| A bord d’un « phoquier » norvégien, à la lisière de la banquise polaire : du nid de corbeau une vigie veille le retour éventuel d’Amundsen | [174] |
| Le Soleil de Minuit sur la côte nord du Spitzberg | [190] |
| Le retour du N-25 au Spitzberg | [206] |
| Les membres de l’expédition à leur retour à la baie du Roi | [222] |
| Le N-25 remonte le fjord d’Oslo, amenant Amundsen et ses compagnons à la réception solennelle que leur réservait la capitale de la Norvège | [230] |
| Amundsen porté en triomphe à Oslo | [238] |
TABLE DES MATIÈRES
| Avant-propos | |
PREMIÈRE PARTIE | |
| CHAPITRE I. — Comment je devins aviateur | |
| CHAPITRE II. — Au Spitzberg. Le départ desavions | |
| CHAPITRE III. — Droit au nord par les airs | |
| CHAPITRE IV. — La lutte pour la vie sur la banquise | |
| CHAPITRE V. — Le retour au Spitzberg | |
DEUXIÈME PARTIE | |
| CHAPITRE I. — Du Spitzberg aux approchesdu pôle | |
| CHAPITRE II. — Sur la banquise | |
TROISIÈME PARTIE | |
| CHAPITRE I. — L’attente | |
| CHAPITRE II. — En vue des terres les plus septentrionalesdu Spitzberg | |
QUATRIÈME PARTIE | |
| CHAPITRE I. — L’équipement de l’expédition | |
| CHAPITRE II. — Le transport des avions | |
CINQUIÈME PARTIE | |
| La prévision du temps dans le bassin arctique | |
| Table des gravures et cartes | |
ACHEVÉ D’IMPRIMER
LE 29 JANVIER 1926
PAR L’IMPRIMERIE
PAUL DUPONT A
CLICHY (SEINE)