—«Oh! Pour l'amour de Dieu!» demandait-on
D'une voix douce autant que douloureuse.
Mulot ouvrit.
Mais une Vieille affreuse
Entra:
La voix, du coup, changea de ton.
—«Fort bien!» dit-elle.
Elle était secouée
De fièvre ensemble et de froid, les pieds nus,
Et puis lépreuse, à des signes connus,
Car elle avait une voix enrouée
Comme ont les chiens après de longs abois,
La face ardente avec les chairs putrides,
L'oeil clair dans l'ombre, et sur la peau des rides
Rèches autant que l'écorce du bois.
Vous auriez eu la preuve à voir sa mine,
Ses yeux méchants et ses ongles crochus,
Que pour bons coeurs il n'est gens si déchus,
Puisqu'en pitié l'on prit cette vermine
Et que nos gens la mirent en leur lit.
Mulot jeta dans l'àtre une bourrée,
Donna le linge, et Mulotte affairée
Eut du courage aux soins qu'elle accomplit.
II
COMMENT CETTE VIEILLE ÉTAIT UNE BELLE FÉE, ET COMMENT ELLE OFFRIT DE DONNER A MULOT ET A MULOTTE RICHESSES ET HONNEURS
Comme on lavait cette triple Mégère
Voilà-t-il pas que, sans désemparer.
Elle en vient toute à se transfigurer,
Tant qu'en beauté le Conteur n'exagère,
Et qu'elle en a blonds cheveux à monceaux,
Les traits charmants, les chairs amignonnées
Comme au matin des roses fleuronnées,
Et les yeux bleus du bleu profond des eaux.
—D'un trait à l'autre on ne vit le passage—
Et puis drap d'or, taffetas et satin,
Couleur d'iris et couleur du matin
Lui font gentils cotillon et corsage.
Elle sauta du lit pour mieux causer,
Ayant un astre au front, qui l'illumine.
Lors elle était de si gentille mine,
Qu'il eût fallu le Roi pour l'épouser!
C'était alors une ordinaire chose
Que Fée errante et Fantômes changeants:
Aussi ni l'un ni l'autre de nos gens
Ne s'étonna de la métamorphose.