—Est-ce vous qui désirez voir monsieur William Bent Pitman? demanda le professeur de dessin. Je suis Pitman!

Maurice leva la tête. Il aperçut devant lui un personnage d'une insignifiance presque indescriptible, en guêtres blanches, et avec un col de chemise rabattu trop bas, comme ceux qu'avaient portés les rapins trente ans auparavant. A une dizaine de pas derrière lui se tenait un autre individu, plus grand et plus râblé, mais dont le visage ne permettait guère une sérieuse étude physiognomonique, étant caché à peu près complètement par une moustache, des favoris, des lunettes, et un chapeau de feutre mou.

Le pauvre Maurice, depuis trois jours, n'avait point cessé de supputer l'apparence probable de l'homme qu'il imaginait être un des plus dangereux bandits des bas-fonds de Londres. Sa première impression, en apercevant le véritable Pitman, fut un certain désappointement. Mais un second coup d'œil sur le couple le convainquit que, malgré l'apparence, il ne s'était pas trompé sur le caractère réel du recéleur de cadavres. Le fait est que jamais encore il n'avait vu d'hommes accoutrés d'une telle manière. «Evidemment des individus accoutumés à vivre en marge de la société!» songea-t-il.

Puis, s'adressant à l'homme qui venait de lui parler, il dit:

—Je désire m'entretenir avec vous, seul à seul!

—Oh! répondit Pitman, la présence de M. Appleby ne saurait me gêner. Il sait tout!

—Tout? Savez-vous de quoi je suis venu vous parler? s'écria Maurice. Le baril!...

Pitman devint tout pâle: mais c'était sa vertueuse indignation qui le faisait pâlir.

—Alors, c'est bien vous! s'écria-t-il à son tour. Misérable!

—Puis-je vraiment parler devant lui?—demanda Maurice en désignant le complice du bravo.—L'épithète que celui-ci venait de lui adresser, venant d'un tel homme, ne l'émouvait guère.