Et, en effet, lorsqu'ils eurent frappé à la porte d'un petit appartement du rez-de-chaussée, ce fut Gédéon en personne qui vint leur ouvrir. Il les fit entrer dans une chambre assez pauvrement meublée, à l'exception, toutefois, du manteau de la cheminée, qui se trouvait absolument encombré d'un assortiment varié de pipes, de paquets de tabac, de boîtes de cigares, et de romans français à couvertures jaunes.

—Monsieur Forsyth, je crois?—C'était Michel qui ouvrait ainsi l'attaque.—Monsieur, nous sommes venus vous prier de vouloir bien vous charger d'une petite affaire. Je crains d'être indiscret...

—Vous savez que, en principe, vous devriez être accompagné de votre avoué... risqua Gédéon.

—Sans doute, sans doute: vous nous désignerez votre avoué ordinaire, et, de cette façon, l'affaire pourra être mise sur un pied plus régulier dès demain!—répondit Michel en s'asseyant, et en signifiant à Pitman de s'asseoir aussi.—Mais, voyez-vous, nous ne connaissons aucun avoué dans cette ville; et comme on nous a parlé de vous, et que le temps presse, nous nous sommes permis de venir vous trouver!

—Puis-je demander, messieurs, reprit Gédéon, à qui je suis redevable de la recommandation?

—Vous pouvez parfaitement nous le demander, répliqua Michel avec un sourire malin; mais on nous a priés de ne pas vous le dire... au moins pour le moment!

—Une attention charitable de mon oncle, évidemment! se dit Gédéon.

—Je m'appelle John Dickson, poursuivit Michel, un nom bien connu à Ballarat, j'ose le dire! Et mon ami que voici est M. Ezra Thomas, des Etats-Unis d'Amérique, le riche manufacturier de galoches en caoutchouc.

—Voulez-vous attendre un instant, que j'aie pris note de cela? dit Gédéon, en s'efforçant de se donner l'air d'un vieux praticien.

—Peut-être cela ne vous dérangerait-il pas trop si j'allumais un cigare? demanda Michel.