—Je voudrais bien savoir pourquoi? cria son cousin.

—Pourquoi? Je n'en ai jamais fait un secret: parce qu'il est trop souffrant!

—S'il est aussi souffrant que vous le dites, cria Maurice, raison de plus pour que vous acceptiez ma proposition! Je veux voir votre père!

—Vraiment? demanda Michel.

Sur quoi, se levant, il sonna son commis.

Cependant le moment était venu où, de l'avis de sir Faraday Bond—l'illustre médecin dont tout nos lecteurs connaissent certainement le nom, ne serait-ce que pour l'avoir vu au bas de bulletins de santé publiés dans les journaux—l'infortuné Joseph, cette oie dorée, avait à être transporté à l'air plus pur de Bournemouth. Et, avec lui, toute la famille alla s'installer dans cet élégant désert de villas: Julia ravie, parce qu'il lui arrivait parfois, à Bournemouth, de faire des connaissances; Jean, désolé, car tous ses goûts étaient en ville; Joseph parfaitement indifférent à l'endroit où il se trouvait, pourvu qu'il eût sous la main une plume, de l'encre, et quelques journaux; enfin Maurice lui-même assez content, en somme, d'espacer un peu ses visites au bureau et d'avoir du loisir pour réfléchir à sa situation.

Le pauvre garçon était prêt à tous les sacrifices; tout ce qu'il demandait était de rentrer dans son argent et de pouvoir envoyer promener le commerce des cuirs: de telle sorte que, étant donnée la modération de ses exigences, il lui paraissait bien étrange qu'il ne trouvât pas un moyen d'amener Michel à composition. «Si seulement je pouvais deviner les motifs qui le portent à refuser mon offre!» Il se répétait cela indéfiniment. Et, le jour, en se promenant dans les bois de Branksome, la nuit, en se retournant sur son lit, à table, en oubliant de manger, au bain, en oubliant de se rhabiller, toujours il avait l'esprit hanté de ce problème: «Pourquoi Michel a-t-il refusé?»

Enfin, une nuit, il s'élança dans la chambre de son frère, qu'il réveilla par de fortes secousses.

—Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? demanda Jean.

—Julia va repartir demain! répondit Maurice. Elle va rentrer à Londres, mettre la maison en état, et engager une cuisinière. Et, après-demain, nous la suivrons tous!