—Réveillez-vous! lui cria-t-il avec colère. Je n'en viens pas à bout, et vous le savez bien!
—Il faut que vous excusiez mon ami, monsieur! dit aussitôt Michel. Le fait est qu'il n'a pas été doué par la nature pour la narration. Mais au reste,—poursuivit-il,—l'affaire est des plus simples. Mon ami est un homme d'un tempérament passionné, et accoutumé à la vie patriarcale de son pays. Vous voyez la chose d'ici: un malheureux voyage en Europe, suivi de la malheureuse rencontre avec un soi-disant comte étranger, qui a une très jolie fille. M. Thomas a tout à fait perdu la tête. Il s'est offert, il a été accepté, et il a écrit,—écrit sur un ton que je suis sûr qu'il doit bien regretter à présent! Si ces lettres étaient jamais produites en justice, c'en serait fait de l'honneur de M. Thomas!
—Dois-je comprendre... commença Gédéon.
—Non, non cher monsieur, reprit gravement l'Australien, il est impossible que vous compreniez tant que vous n'aurez pas vu les lettres en question!
—Voilà, en vérité, une circonstance fâcheuse! dit Gédéon.
Plein de pitié, il lança un coup d'œil sur le coupable; puis, voyant sur le visage de celui-ci toutes les marques d'une confusion affreuse, il se hâta de détourner les yeux.
—Mais cela ne serait encore rien, poursuivit sévèrement M. Dickson: et, certes, monsieur, certes, j'aurais souhaité de tout mon cœur que M. Thomas ne se fût point déshonoré comme il l'a fait. Il est sans excuse, monsieur! Car il était fiancé, à ce moment,—il l'est même encore,—à la plus belle jeune fille de Constantinople, Ga.
—Ga? demanda Gédéon, étonné.
—Mais oui, une abréviation courante! dit Michel. On dit Ga, pour Georgia, de la façon que nous disons Co pour Compagnie.
—Je savais bien qu'on écrivait parfois ainsi, dit Gédéon, mais j'ignorais qu'on le prononçât de même!