La pluie avait presque cessé; Michel était presque dégrisé, le «dépôt» avait été livré en d'autres mains, et les amis étaient réconciliés: aussi le retour chez le loueur leur parut-il, en comparaison avec les aventures précédentes de la journée, une véritable partie de plaisir. Et lorsqu'ils se retrouvèrent se promenant dans le Strand, bras dessus bras dessous, sans l'ombre d'un soupçon qui pesât sur eux, Pitman émit un profond soupir de soulagement.

—Maintenant, dit-il, nous pouvons rentrer à la maison!

—Pitman, dit l'avoué en s'arrêtant court, vous me désolez! Quoi! nous avons été à la pluie à peu près toute la journée, et vous proposez sérieusement de rentrer à la maison? Non, monsieur! Un grog au whisky nous est absolument indispensable!

Il reprit le bras de son ami, et le conduisit inflexiblement dans une taverne d'apparence engageante, et je dois ajouter (à mon vif regret, d'ailleurs) que Pitman s'y laissa conduire assez volontiers. Maintenant que la paix était restaurée à l'horizon, une certaine jovialité innocente commençait à poindre dans les manières de l'artiste: et quand il leva son verre brûlant pour trinquer avec Michel, le fait est qu'il apporta à ce geste toute la pétulance d'une petite pensionnaire romanesque assistant à son premier pique-nique.

IX
COMMENT S'ACHEVA LE JOUR DE CONGÉ DE MICHEL FINSBURY

Michel était, comme je l'ai déjà dit, un excellent garçon, et qui aimait à dépenser son argent, autant et peut-être plus encore qu'à le gagner. Mais il ne recevait ses amis qu'au restaurant, et les portes de son domicile particulier restaient presque toujours closes. Le premier étage, ayant plus d'air et de lumière, servait d'habitation au vieux Masterman; le salon ne s'ouvrait presque jamais; et c'était la salle à manger qui formait le séjour ordinaire de l'avoué. C'est là précisément, dans cette salle à manger du rez-de-chaussée, que nous retrouvons Michel s'asseyant à table pour le dîner, le soir du glorieux jour de congé qu'il avait consacré à son ami Pitman. Une vieille gouvernante écossaise, avec des yeux très brillants et une petite bouche volontiers moqueuse, était chargée du bon ordre de la maison: elle se tenait debout, près de la table, pendant que son jeune maître déroulait sa serviette.

—Je crois, hasarda timidement Michel, que je prendrais volontiers un peu d'eau-de-vie avec de l'eau de seltz.

—Pas du tout, monsieur Michel! répondit promptement la gouvernante. Du vin rouge et de l'eau!

—Bien, bien, Catherine, on vous obéira! dit l'avoué. Et pourtant, si vous saviez ce que la journée a été fatigante, au bureau!

—Quoi? fit la vieille Catherine. Mais vous n'avez pas mis le pied au bureau, de toute la journée!