—J'ai examiné tous les théâtres de Londres, disait-il, et, en mesurant avec mon parapluie la largeur des portes, j'ai constaté qu'elles étaient beaucoup trop étroites. Personne de vous évidemment n'a eu, comme moi, l'occasion de connaître les pays étrangers. Mais, franchement, croyez-vous que, dans un pays bien gouverné, de tels abus pourraient exister? Votre intelligence, si simple et inculte qu'elle soit, suffit à vous affirmer le contraire. L'Autriche elle-même, qui pourtant ne se pique pas d'être un peuple libre, commence à se soulever contre l'incurie qui laisse subsister des abus de ce genre. J'ai précisément là une coupure d'un journal de Vienne, sur ce sujet: je vais essayer de vous la lire, en vous la traduisant au fur et à mesure. Vous pouvez vous rendre compte par vous-mêmes: c'est imprimé en caractères allemands!

Et il tendait à son auditoire le morceau de journal en question, comme un prestidigitateur fait passer dans la salle l'orange qu'il s'apprête à escamoter.

—Holà! mon vieux, c'est vous? dit tout à coup Michel, en posant sa main sur l'épaule de l'orateur.

Celui-ci tourna vers lui un visage tout convulsé d'épouvante: c'était le visage de M. Joseph Finsbury.

—Michel! s'écria-t-il. Vous êtes seul?

—Mais oui! répondit Michel, après avoir commandé son verre d'eau-de-vie. Je suis seul. Qui donc attendiez-vous?

—Je pensais à Maurice ou à Jean, répondit le vieillard, manifestement soulagé d'un grand poids.

—Que voulez-vous que je fasse de Maurice ou de Jean? répondit le neveu.

—Oui, c'est vrai! répondit Joseph. Et je crois que je puis avoir confiance en vous! n'est-ce pas? Je crois que vous serez de mon côté?

—Je ne comprends rien à ce que vous voulez dire! répliqua Michel. Mais si c'est de l'argent qu'il vous faut, j'ai toujours une livre ou deux à votre disposition!