—Eh bien, alors, chez moi! dit Michel, résigné.

—Mais où cela, monsieur?

—Ma foi, vraiment, mon ami, je ne sais pas! dit Michel en s'asseyant dans le fiacre. Conduisez-moi à Scotland-Yard, et, là-bas, nous demanderons!

—Mais vous devez bien avoir une carte de visite, dit l'homme à travers le guichet du plafond. Donnez-moi votre porte-cartes!

—Quelle prodigieuse intelligence, pour un cocher de fiacre! s'écria Michel, en passant son porte-cartes au cocher.

Et celui-ci lut tout haut, à la lumière du gaz:

—Michel Finsbury, 233, King's Road, Chelsea. Est-ce bien cela, monsieur?

—Parfait! s'écria Michel. Conduisez-moi là, si vous y voyez suffisamment, avec toutes ces maisons qui s'obstinent à rester sens dessus dessous!

X
GÉDÉON FORSYTH ET LE GRAND ERARD

Je suis bien sûr que personne d'entre vous n'a lu le Mystère de l'Omnibus, par E. H. B., un roman qui a figuré pendant plusieurs jours aux devantures des libraires, et puis qui a entièrement disparu de la surface du globe. Ce que deviennent les livres, une semaine ou deux après leur publication, où ils vont, à quel usage on les emploie: ce sont là autant de problèmes qui, bien souvent, m'ont tourmenté pendant des nuits d'insomnie. Le fait est que personne, à ma connaissance, n'a lu le Mystère de l'Omnibus, par E. H. B., cependant j'ai pu m'assurer qu'il n'existe plus aujourd'hui que trois exemplaires de cet ouvrage. L'un se trouve à la bibliothèque du British Museum, d'ailleurs à jamais rendu inabordable par suite d'une erreur d'inscription au catalogue; un autre se trouve dans les caves de débarras de la Bibliothèque des Avocats, à Edimbourg; enfin, le troisième, relié en maroquin, appartient à notre ami Gédéon Forsyth. Pour vous expliquer le placement actuel de ce troisième exemplaire, vous allez évidemment supposer que Gédéon a beaucoup admiré le roman d'E. H. B. Et, je puis vous le dire, vous ne vous tromperez pas dans cette supposition. Gédéon, aujourd'hui encore, continue à admirer le Mystère de l'Omnibus: il l'admire et il l'aime, avec une tendresse toute paternelle, car c'est lui-même qui en est l'auteur. Il l'a signé des initiales de son oncle, M. Edouard Hugues Bloomfield; mais c'est lui seul qui l'a écrit en entier. Il s'était d'abord demandé, avant la publication, s'il n'allait pas tout au moins confier à quelques amis le secret de sa paternité; mais après la publication, et l'insuccès monumental qui l'a accueillie, la modestie du jeune romancier est devenue plus pressante; et, sans la révélation que je vous fais aujourd'hui, le nom de l'auteur de ce remarquable ouvrage aurait risqué de demeurer à jamais inconnu.