— Que pensez-vous, monsieur, de Ellis Duckworth ? répliqua Hatch.

— Non, Bennet, jamais ; non, ce n’est pas lui, dit le prêtre. Jamais révolte, Bennet, ne vient, d’en bas ; — tous les chroniqueurs judicieux s’accordent là-dessus ; mais la rébellion se transmet de haut en bas, et, quand Dick, Tom et Harry la prennent à leur compte, regardez de près quel seigneur en profite. Eh bien, Sir Daniel, s’étant une fois de plus rallié au parti de la reine, est fort mal vu des seigneurs d’York. De là vient le coup, Bennet ; — de quelle manière, je le cherche encore, mais là est l’origine de ce malheur.

— Ne vous déplaise, Sir Olivier, dit Bennet, les essieux sont si chauds par ici que, depuis longtemps, j’ai senti l’odeur du roussi. Et ce pauvre pécheur d’Appleyard aussi. Et, avec votre permission, les esprits sont si méchamment disposés à l’égard de nous tous, qu’il n’est besoin d’York ni de Lancastre pour les exciter. Écoutez mon idée : vous qui êtes un clerc, et Sir Daniel qui navigue à tous vents, vous avez pris les biens à beaucoup de gens, et vous en avez battu et pendu beaucoup. Vous aurez à répondre de ça. Je ne sais comment, à la fin, vous avez toujours eu le dessus, et vous croyez que tout est arrangé. Mais, avec votre permission, Sir Olivier, l’homme que vous avez dépossédé et battu n’en est que plus irrité, et, quelque jour, quand le diable noir passera par là, il prendra son arc, et vous enverra une bonne flèche à travers le corps.

— Non, Bennet, vous êtes dans l’erreur. Bennet, souffrez qu’elle soit rectifiée, dit Sir Olivier. Vous êtes un jaseur, Bennet, un bavard, un babillard ; votre bouche est plus large que vos deux oreilles. Corrigez cela, Bennet, corrigez cela.

— Non, je ne dis plus rien. Prenez-le comme vous voudrez, dit Bennet.

Le prêtre se leva alors de son escabeau, et prit dans l’écritoire qui pendait à son cou, de la cire et une bougie, avec une pierre et de l’acier. Avec cela, il scella des armes de Sir Daniel le coffre et l’armoire ; Hatch le regardait avec mélancolie ; puis ils se préparèrent, non sans quelque crainte, à sortir de la maison et à remonter à cheval.

— Nous devrions être en route, Sir Olivier, dit Hatch, en tenant l’étrier du prêtre pendant qu’il se mettait en selle.

— Oui, mais, Bennet, les choses sont changées, répliqua le prêtre ; maintenant il n’y a plus d’Appleyard — paix à son âme ! — pour tenir la garnison. Je vous garderai, Bennet. Il me faut un homme sur qui me reposer, en ce jour de flèches noires. La flèche qui siffle dans le jour, dit l’Évangile… je ne me rappelle pas la suite ; non, je suis un prêtre négligent ; je suis trop enfoncé dans les affaires humaines. Allons, chevauchons, maître Hatch. Les hommes doivent être près de l’église maintenant.

Ainsi ils chevauchaient en descendant la route, ayant le vent dans le dos qui agitait les pans de l’habit du prêtre, et derrière eux de gros nuages s’amoncelaient et cachaient le soleil couchant. Ils avaient passé trois des maisons éparpillées qui composaient le hameau de Tunstall, quand, à un tournant, ils virent l’église devant eux. Dix ou douze maisons étaient groupées autour ; mais derrière, le cimetière était contigu aux champs. Près du porche une vingtaine d’hommes étaient réunis, les uns à cheval, les autres se tenant à la tête de leur monture. Ils étaient montés et armés de manières fort diverses : quelques-uns avaient des lances, d’autres des haches d’armes, d’autres des arcs, et plusieurs montaient des chevaux de charrue, encore souillés de la boue du sillon ; car c’était la lie du pays : ce qu’il y avait de meilleur comme hommes et comme équipement était déjà au camp avec Sir Daniel.

— Par la croix de Holywood, ce n’est pas mal ; Sir Daniel sera content, observa le prêtre en comptant la troupe.