CHAPITRE II
ESCARMOUCHE DANS LA NUIT

Complètement trempés et glacés, les deux aventuriers reprirent leur position dans le genêt.

— Je prie le ciel que Capper fasse vite, dit Dick. Je promets un cierge à Sainte-Marie-de-Shoreby, s’il arrive avant une heure.

— Vous êtes pressé, maître Dick ? demanda Greensheve.

— Oui, mon brave, car dans cette maison est ma dame que j’aime, et qui peuvent être ceux-ci, qui tournent autour d’elle, la nuit, en secret ? Sûrement des ennemis.

— Bien, répliqua Greensheve, si John vient rapidement, nous leur donnerons leur compte. Dehors ils sont à peine quarante… J’en juge par la distance entre leurs sentinelles… et, puis, comme ils sont si espacés, une vingtaine d’hommes les feraient fuir comme des moineaux. Et pourtant, maître Dick, si elle est déjà au pouvoir de Sir Daniel, ce ne sera pas un grand malheur qu’elle tombe dans celui d’un autre. Qui cela peut-il être ?

— Je soupçonne lord Shoreby, répliqua Dick. Quand sont-ils arrivés ?

— Ils ont commencé à arriver, maître Dick, dit Greensheve, à peu près au moment où vous passiez le mur. Il n’y avait pas une minute que j’étais là quand j’ai aperçu le premier de ces drôles tourner le coin du rempart.

La dernière lumière était déjà éteinte dans la petite maison quand ils avaient passé à gué dans la nappe d’eau des lames brisées, et il était impossible de prévoir à quel moment les hommes aux aguets autour du mur attaqueraient. De deux maux, Dick préférait le moindre. Il préférait que Joanna restât sous la tutelle de Sir Daniel plutôt que de tomber dans les griffes de lord Shoreby, et son parti était pris, si l’on livrait l’assaut de la maison, de venir immédiatement au secours des assiégés.

Mais le temps passait et rien ne bougeait. De quart d’heure en quart d’heure le même signal faisait le tour du mur du jardin, comme si le chef avait désiré s’assurer par lui-même de la vigilance de ses hommes dispersés ; mais rien d’autre ne troublait les environs.