— Pardieu, c’était un de mes hommes, répliqua Lord Shoreby, reculant. Je voudrais en avoir beaucoup comme lui. Il était fin comme un basset et discret comme une taupe.

— Eh compère, vraiment ? demanda Sir Daniel finement. Et qu’était-il venu flairer si haut dans ma pauvre maison ? Mais il ne flairera plus.

— Ne vous plaise, Sir Daniel, dit quelqu’un, il y a un papier avec quelque chose d’écrit dessus, épinglé sur sa poitrine.

— Donnez-le-moi, et la flèche, et tout, dit le chevalier, et, lorsqu’il eut pris le trait dans sa main, il resta quelque temps à le contempler dans une méditation sombre.

— Oui, dit-il, s’adressant à Lord Shoreby, c’est une haine qui me poursuit durement et me tient serré. Ce bois noir ou son pareil exact me jettera aussi à terre. Et, compère, souffrez qu’un simple chevalier vous conseille ; et si ces chiens commencent à prendre votre vent, fuyez ! C’est comme une maladie… toujours suspendue sur notre tête. Mais voyons ce qu’ils ont écrit. C’est comme je le pensais, monseigneur, vous êtes marqué comme un vieux chêne par le bûcheron ; demain ou le jour suivant, par là passera la hache. Mais qu’avez-vous écrit dans une lettre ?

Lord Shoreby arracha le papier de la flèche, le lut, le froissa dans ses mains, et surmontant la répulsion qui l’avait jusqu’alors empêché de s’approcher se jeta à genoux près du corps et fouilla anxieusement l’aumônière.

Il se releva la mine quelque peu décontenancée.

— Compère, dit-il, j’ai vraiment perdu une lettre à laquelle je tenais beaucoup, et si je pouvais mettre la main sur le drôle qui l’a prise, il irait tout droit orner une potence. Mais assurons-nous d’abord des issues de la maison. Assez de mal a déjà été fait, par saint Georges !

Des sentinelles furent postées tout autour de la maison et du jardin. Une sentinelle à chaque palier ; toute une troupe dans le grand vestibule, et une autre encore autour du feu de joie sous le hangar. La suite de Sir Daniel était grossie de celle de Lord Shoreby ; ainsi l’on ne manquait pas d’hommes ni d’armes pour la sécurité de la maison, ou pour prendre au piège un ennemi caché, s’il y en avait.

En attendant, le corps de l’espion fut emporté, sous la neige tombante, et déposé dans l’église de l’abbaye.