Le comte Risingham, quoique de beaucoup le plus important personnage alors à Shoreby, était pauvrement logé dans la maison d’un simple gentilhomme, à la limite extrême de la ville. Rien, si ce n’est les hommes armés aux portes, et les messagers à cheval, qui ne faisaient qu’arriver et repartir, n’annonçait la résidence temporaire d’un grand seigneur.

Il en résulta que, faute de place, Dick et Lawless furent enfermés dans la même pièce.

— Bien parlé, maître Richard, dit l’outlaw, c’était extrêmement bien parlé, et, pour ma part, je vous remercie cordialement. Ici nous sommes en bonnes mains, nous serons justement jugés et, dans le courant de la soirée, très décemment pendus sur le même arbre.

— Oui, mon pauvre ami, je le crois, répondit Dick.

— Nous avons pourtant encore une corde à notre arc, dit Lawless. Ellis Duckworth est un homme comme on n’en trouverait pas un sur dix mille ; il vous porte dans son cœur, à la fois pour vous et en souvenir de votre père ; et, vous sachant innocent de ce fait, il remuera ciel et terre pour vous tirer de là.

— Impossible, dit Dick. Que peut-il faire ? Il n’a qu’une poignée d’hommes. Hélas ! si nous étions à demain… Si je pouvais seulement être à un rendez-vous une heure avant midi, demain… tout irait, je pense, autrement. Mais, à présent, il n’y a rien à faire.

— Bien, conclut Lawless, si vous voulez soutenir mon innocence, je soutiendrai la vôtre, et fermement. Cela ne nous servira à rien ; mais, si je dois être pendu, cela ne sera pas faute de serments.

Et alors, pendant que Dick se livrait à ses réflexions, le vieux coquin se pelotonna dans un coin, tira son capuchon de moine sur sa figure et se mit en mesure de dormir.

Bientôt il ronflait bruyamment, tant sa longue vie de dangers et d’aventures avait émoussé le sens de la crainte.

Ce fut longtemps après midi, le jour baissant déjà, que la porte s’ouvrit, et que Dick fut conduit à l’étage où, dans un cabinet bien chauffé, le comte Risingham était assis, méditant au coin du feu.