Ainsi il continuait à parler, tournant en même temps la corde autour des membres de Dick avec la dextérité propre aux marins, et, à chaque tour et chaque croisement, il faisait un nœud, et serrait tout l’ouvrage d’une secousse violente.
Quand il eut fini, le garçon était un vrai paquet entre ses mains, impuissant comme la mort. Le capitaine le tint à bout de bras et éclata de rire. Puis il lui asséna un étourdissant coup de poing sur l’oreille, puis le fit tourner, et lui donna de furieux coups de pieds. La colère monta au cœur de Dick comme une tempête ; la colère l’étouffa et il crut mourir, mais lorsque le marin, fatigué de ce jeu cruel, le laissa tomber de tout son long sur le sable et se retourna vers ses compagnons pour se consulter avec eux, il reprit instantanément son sang-froid. Ce fut un moment de répit. Avant qu’ils recommencent à le torturer, il pourrait trouver quelque moyen d’échapper à cette dégradante et fâcheuse mésaventure.
Bientôt, en effet, et pendant que les autres discutaient encore sur ce qu’ils devaient faire de lui, il reprit courage et d’une voix assez ferme leur adressa la parole :
— Mes maîtres, commença-t-il, êtes-vous devenus fous ? Le ciel vous envoie une occasion de devenir riches, telle que jamais matelot n’en rencontra… telle que vous pourriez faire trente voyages de mer sans la retrouver… Me battre ?… Non ; ainsi ferait un enfant en colère, mais, pour des loups de mer à fortes têtes, qui ne craignent ni feu ni eau, et qui aiment l’or comme ils aiment le bœuf, il me semble que vous n’êtes guère sages.
— Hé, dit Tom, maintenant que vous êtes ficelé, vous voudriez nous attraper.
— Vous attraper ! répéta Dick. Si vous étiez des sots ce serait facile. Mais si vous êtes malins, comme je le crois, vous pouvez voir clairement quel est votre intérêt. Quand je vous ai pris votre bateau, nous étions bien habillés, et armés ; mais maintenant, réfléchissez un peu, qui a rassemblé cette troupe ? certainement quelqu’un qui avait beaucoup d’or. Et si celui-là, étant déjà riche, continue à courir après plus encore, même à travers les orages… réfléchissez bien… ne faut-il pas qu’il y ait un trésor caché quelque part ?
— Qu’est-ce qu’il veut dire ? demanda un des hommes.
— Oui, si vous avez perdu un vieux bateau et quelques cruches de vin tourné, continua Dick, oubliez-les comme les bagatelles qu’ils étaient, et préparez-vous plutôt pour une aventure qui en vaut la peine, qui, en douze heures, fera votre fortune ou votre perte. Mais relevez-moi, et allons quelque part, près d’ici, causer devant une bouteille, car je suis endolori et gelé, et ma bouche est à moitié dans la neige.
— Il ne cherche qu’à nous attraper, dit Tom avec mépris.
— Attraper ! Attraper ! cria le troisième individu. Je voudrais voir celui qui pourrait m’attraper ! Ce serait un bel attrapeur ! Non, je ne suis pas né d’hier. Je peux voir une église quand elle a un clocher ; et, pour ma part, compère Arblaster, je pense qu’il y a quelque bon sens dans ce jeune homme. Irons-nous l’entendre ? Dites, irons-nous l’entendre ?