— Eh bien, dit le duc, vous avez vu ma vengeance, qui est, comme ma lame, prompte et bonne. Mais je ne voudrais pas, pour toute la chrétienté, que vous me croyiez ingrat. Vous qui êtes venu à mon aide avec une bonne épée et un meilleur courage… à moins que ma forme ne vous rebute… venez sur mon cœur.
Et, ce disant, le jeune chef ouvrit les bras.
Au fond du cœur, Dick éprouvait déjà une grande terreur et quelque haine pour l’homme qu’il avait secouru, mais l’invitation était formulée de telle sorte que ce n’eût pas été simplement impoli, mais cruel, de refuser ou d’hésiter, et il se hâta de s’y rendre.
— Et maintenant, Seigneur duc, dit-il, quand il eut repris sa liberté, ma supposition est-elle juste ? Êtes-vous monseigneur le duc de Gloucester ?
— Je suis Richard de Gloucester, répliqua l’autre, et vous, comment vous appelle-t-on ?
Dick lui dit son nom et présenta le sceau de Lord Foxham, que le duc reconnut immédiatement.
— Vous êtes venu trop tôt, mais je ne m’en plaindrai pas, vous êtes comme moi, qui veillais ici deux heures avant le jour. Mais ce sont mes premières armes : sur cette bataille, maître Shelton, s’établira ma renommée, bonne ou mauvaise. Là sont mes ennemis, sous deux vieux et habiles capitaines, Risingham et Brackley, dans une forte position, je crois, mais sans retraite de deux côtés, serrés qu’ils sont entre la mer, le port et la rivière. Il me semble, Shelton, qu’il y aurait là un grand coup à frapper : si nous pouvions le frapper en silence et soudainement.
— Il me le semble, en effet, s’écria Dick, s’échauffant.
— Avez-vous les notes de Lord Foxham ? demanda le duc.
Et alors, Dick ayant expliqué comment il ne les avait pas pour le moment, se fit fort de donner de lui-même tous les renseignements aussi exacts.