Cependant, les hommes de la place avaient traversé en foule la barricade sans défense, et commençaient chaudement l’attaque de l’autre côté ; et Dick dut encore faire front et les repousser. Une fois de plus le courage de ses hommes l’emporta ; et ils nettoyèrent la rue merveilleusement, mais tandis qu’ils y réussissaient, les autres sortaient de nouveau des maisons, et, pour la troisième fois les prenaient par derrière.

Ceux d’York commençaient à être clairsemés ; plusieurs fois Dick s’était trouvé seul au milieu des ennemis, défendant sa vie avec l’épée ; plusieurs fois il avait senti une blessure. Et pourtant, la bataille était balancée dans la rue sans résultat décisif.

Tout à coup Dick entendit un grand bruit de trompettes venant des faubourgs de la ville. Le cri de guerre d’York monta au ciel, comme porté par de nombreuses voix triomphantes. Et, en même temps, les hommes sur son front se mirent à reculer rapidement, abandonnant la rue, et rentrant sur la place. Quelqu’un parla de fuir. On soufflait les trompettes au hasard, pour le ralliement, pour la charge. Évidemment, quelque grand coup avait été frappé, et ceux de Lancastre se trouvaient, au moins pour le moment, en complet désordre, et il y avait même un commencement de panique.

Et alors, comme un coup de théâtre, vint le dernier acte de la bataille de Shoreby. Les hommes sur le front de Richard, tournèrent le dos, comme des chiens qu’un coup de sifflet eût rappelés, et fuirent comme le vent. En même temps arriva sur la place une tempête de cavaliers, fuyards et poursuivants, ceux de Lancastre se retournaient pour frapper de l’épée, ceux d’York les culbutaient à la pointe de la lance.

Dick regardait le bossu, visible dans la mêlée. Il donnait déjà un avant-goût de son furieux courage, et de cette habileté à se tailler un chemin à travers les rangs de la bataille, qui, des années plus tard sur le champ de Bosworth, lorsqu’il était tout couvert de crimes, faillit presque changer le sort de la journée et l’avenir du trône d’Angleterre. Esquivant les coups, en donnant, descendant, il entraînait et manœuvrait son vigoureux cheval, se défendait si subtilement, et distribuait si libéralement la mort à ses adversaires, qu’il était maintenant loin en avant de ses premiers chevaliers, fauchant sa route avec le tronçon d’une épée sanglante vers l’endroit où Lord Risingham ralliait les plus braves. Un instant encore et ils allaient se rencontrer, le grand, splendide et fameux guerrier contre le garçon difforme et maladif.

Mais Shelton ne doutait pas du résultat ; et, lorsque bientôt les rangs s’ouvrirent un instant, la figure du comte avait disparu ; tandis que, au plus fort du danger, le bossu Dick lançait son gros cheval et jouait de l’épée.

Ainsi, par le courage de Shelton à tenir l’entrée de la rue contre la première attaque, et par l’heureuse arrivée des sept cents hommes de renfort, le jeune homme qui devait plus tard être voué à l’exécration de la postérité sous le nom de Richard III, avait gagné sa première grande bataille.

CHAPITRE IV
LE SAC DE SHOREBY

Il n’y avait plus un ennemi à portée de flèche, et Dick, jetant un coup d’œil attristé autour de lui sur ce qui restait de ses braves compagnons, commença à apprécier le prix de la victoire. Il était lui-même, à présent que le danger était passé, si raide et si meurtri, si contusionné, entaillé et brisé, et surtout si complètement éreinté par les fatigues désespérées et sans trêve du combat, qu’il semblait incapable d’un nouvel effort.

Mais ce n’était pas encore le moment du repos. Shoreby avait été prise d’assaut, et, quoique ville ouverte et nullement responsable de la résistance, il était évident que ces rudes combattants ne seraient pas moins rudes, le combat fini, et que le plus horrible aspect de la guerre allait se faire voir. Richard de Gloucester n’était pas un capitaine à protéger les citoyens contre sa soldatesque furieuse, et même en eût-il eu le désir, on pouvait se demander s’il en aurait eu le pouvoir.