— En honneur, oui, dit Dick.

— Écoutez alors, continua-t-elle, vous ne feriez qu’un triste moine, il me semble. Et, puisque je peux disposer de vous à ma volonté, je vais vous prendre pour mon mari. Non, maintenant taisez-vous ! cria-t-elle. Il ne vous servira de rien de parler. Car voyez combien cela est juste, que vous, qui m’avez arrachée de mon foyer, m’en donniez un autre. Et quant à Joanna, elle sera la première, croyez-moi, à approuver ce changement ; car, après tout, comme nous sommes bonnes amies, qu’importe avec laquelle de nous deux vous vous mariiez ? Cela n’a aucune importance.

— Madame, dit Dick, j’irai dans un cloître, s’il vous plaît me l’ordonner, mais me marier avec qui que ce soit en ce monde, autre que Joanna Sedley, je n’y consentirai ni par violence d’homme ni par caprice de femme. Pardonnez-moi si je dis franchement ma pensée, mais lorsqu’une jeune fille est très hardie, il faut bien qu’un jeune homme soit plus hardi encore.

— Dick, dit-elle, mon bon garçon, venez et embrassez-moi pour cette parole. Non, ne craignez rien, vous m’embrasserez pour Joanna, et, quand nous nous rencontrerons, je le lui rendrai et dirai que je l’ai volé. Et quant à ce que vous me devez, eh bien, cher nigaud, il me semble que vous n’étiez pas seul dans cette grande bataille ; et même, si York arrive au trône, ce n’est pas vous qui l’y aurez mis. Mais pour bon, tendre et honnête, Dick, vous êtes tout cela. Et si je pouvais en mon cœur envier quelque chose à notre Joanna, ce serait votre amour que je lui envierais.

CHAPITRE VI
NUIT DANS LES BOIS (fin) : DICK ET JOANNA

Cependant les chevaux avaient pris la faible provision de fourrage et s’étaient reposés de leur fatigue. Sur l’ordre de Dick, le feu fut étouffé sous la neige, et, tandis que ses hommes se remettaient péniblement en route, lui-même, se souvenant un peu tard d’une bonne précaution en pays de forêt, choisit un chêne élevé et grimpa agilement au plus haut croisement de branches. De là il pouvait voir au loin la forêt éclairée par la lune et couverte de neige. Au sud-ouest, sombres à l’horizon, étaient ces terrains élevés, couverts de bruyère, où lui et Joanna avaient subi la terrifiante rencontre du lépreux. Et là son œil fut attiré par un point d’un éclat rougeâtre, pas plus grand qu’un chas d’aiguille.

Il se reprocha vivement sa négligence ; si c’était, comme il semblait, la lueur du feu de camp de Sir Daniel, il aurait dû, depuis longtemps, la voir et marcher sur elle ; surtout, il n’aurait dû, à aucun prix, annoncer son voisinage en allumant un feu de son côté. Mais maintenant il ne devait plus perdre un temps précieux. Le chemin direct vers la hauteur était long d’environ deux milles, mais traversé par un vallon très profond, escarpé, impraticable à des hommes montés, et pour aller vite, il parut préférable à Dick d’abandonner les chevaux et de tenter l’aventure à pied.

Dix hommes furent laissés à la garde des chevaux ; on convint de signaux pour communiquer en cas de danger, et Dick s’avança à la tête de sa troupe ; Alicia Risingham marchait bravement à son côté.

Les hommes s’étaient débarrassés des lourdes armures et laissaient leurs lances en arrière ; et ils marchaient maintenant de très bonne humeur dans la neige gelée et à la lueur égayante de la lune. La descente dans le vallon, où un ruisseau coulait comme sanglotant à travers la glace, fut effectuée en silence et avec ordre ; et de l’autre côté, étant alors à peine à un demi-mille de l’endroit où Dick avait vu la lueur du feu, la troupe s’arrêta pour respirer avant l’attaque.

Dans le vaste silence du bois, les moindres bruits pouvaient s’entendre de loin ; et Alicia qui avait l’oreille fine leva le doigt pour avertir, et se baissa pour écouter. Tous suivirent son exemple ; mais sauf les gémissements du ruisseau cahoté dans le vallon tout près, derrière, et le glapissement d’un renard à une distance de bien des milles à travers la forêt, pas un souffle ne put être perçu par l’attention la plus tendue de Dick.