— Mais, est-ce que mon Dick vous a fait la cour ? demanda Joanna, serrée au côté de son fiancé.

— Non, sotte fille, répondit Alicia ; c’est moi qui lui ai fait la cour. Je lui ai même offert de l’épouser ; mais il m’a enjoint d’aller me marier avec mes pareils. C’étaient ses paroles mêmes. Non, je peux le dire : il est plus sincère qu’aimable. Mais maintenant, enfants, par raison, avançons. Allons-nous retraverser le vallon ou pousser droit sur Holywood ?

— Je donnerais beaucoup pour avoir un cheval, dit Dick ; mon corps tous ces jours-ci, a été cruellement malmené et abîmé de coups et n’est plus que contusions. Mais qu’en dites-vous ? Si les hommes au bruit du combat ont fini, nous retournerons pour rien. Il n’y a que trois petits milles pour aller directement à Holywood ; les clochers n’ont pas encore sonné neuf heures, la neige est assez ferme sous le pied, la lune claire ; si nous y allions comme nous sommes.

— Accepté, cria Alicia ; mais Joanna se contenta de serrer les bras de Dick.

Ils allèrent donc en avant, à travers des bocages ouverts et sans feuilles et sur des allées revêtues de neige, sous la face blanche de la lune hivernale : Dick et Joanna marchant la main dans la main, au septième ciel ; et leur frivole compagne, ayant oublié complètement les malheurs, suivait à un pas ou deux en arrière, tantôt raillant leur silence, et tantôt faisant d’heureuses descriptions de leur vie future et unie.

Cependant, au loin dans les bois, on pouvait entendre les cavaliers de Tunstall qui continuaient leur poursuite ; et de temps en temps des cris ou le bruit des armures annonçaient le choc des ennemis. Mais, en ces jeunes gens, élevés dans les alarmes de la guerre, et sortant d’une telle multitude de dangers, ni la crainte, ni la pitié ne pouvaient être éveillées facilement. Satisfaits d’entendre les sons s’éloigner de plus en plus, ils s’abandonnèrent au bonheur présent, marchant déjà, comme le dit Alicia, en un cortège nuptial ; et ni la triste solitude de la forêt, ni la nuit froide et gelée n’eurent le pouvoir de faire ombre à leur bonheur ou de les en distraire.

Enfin, du haut d’une colline, ils virent en bas le vallon de Holywood. Les grandes fenêtres de l’abbaye de la forêt brillaient avec des torches et des chandelles ; ses hautes tourelles et ses clochers s’élevaient clairs et silencieux, et la croix d’or sur le plus haut sommet scintillait brillamment à la lune. Tout autour, dans la clairière ouverte, des feux de camp brillaient, la terre était couverte de tentes, et, au milieu du tableau, la rivière gelée serpentait.

— Par la messe, dit Richard, les hommes de Lord Foxham sont encore là. Le messager s’est certainement perdu. Tant mieux alors. Nous aurons sous la main de quoi faire face à Sir Daniel.

Mais, si les hommes de Lord Foxham étaient encore là, c’était pour une raison différente de celle que supposait Dick. Ils avaient bien marché sur Shoreby ; mais, avant qu’ils fussent à mi-chemin, un second messager les avait rencontrés et leur avait ordonné de retourner à leur campement du matin, pour barrer la route aux fugitifs de Lancastre, et pour être d’autant plus près de l’armée principale d’York. Car Richard de Gloucester ayant terminé la bataille et écrasé ses ennemis dans ce district, était déjà en marche pour rejoindre son frère ; et, peu après le retour des hommes de Lord Foxham, le bossu lui-même mit pied à terre devant la porte de l’abbaye. C’était en l’honneur de cet auguste visiteur que les fenêtres brillaient illuminées, et, au moment où Dick arrivait avec sa fiancée et son amie, toute l’escorte du duc était reçue dans le réfectoire avec toute la splendeur de cette puissante et riche abbaye.

Dick, un peu malgré lui, fut amené devant eux. Gloucester, malade de fatigue, était assis, appuyant sur une main sa face blanche et terrifiante ; Lord Foxham, à moitié remis de sa blessure, était à une place d’honneur à sa gauche.