— Bien, répliqua l’autre. Je ne bavarderai pas plus longtemps. Suivez-moi si cela vous convient ; mais, si vous me trahissez, cela ne vous servira guère, je vous assure. Vous aurez une flèche à travers le corps, mon garçon.
Disant cela, Dick se remit à courir en suivant la lisière du fourré. Il s’avançait en fouillant du regard autour de lui. D’un bon pas il sortit du vallon et arriva de nouveau dans les parties plus découvertes du bois. A gauche, se trouvait une petite éminence mouchetée de genêts dorés et couronnée d’un bouquet de sapins noirs.
— Je verrai de là, pensa-t-il, et il se dirigea dessus à travers une clairière de bruyère.
Il n’avait avancé que de quelques mètres, lorsque Matcham lui toucha le bras et montra du doigt.
Vers l’est du sommet, il y avait un creux, comme si une vallée eût passé de l’autre côté ; la bruyère s’y continuait ; tout le terrain était rougeâtre comme un bouclier mal nettoyé, et pointillé d’ifs de place en place ; et là, l’une suivant l’autre, Dick vit une dizaine de jaques vertes montant le sentier, et, marchant à leur tête, Ellis Duckworth en personne, que son épieu signalait. L’un après l’autre ils gagnèrent le sommet, se montrant un instant contre le ciel, et disparurent de l’autre côté jusqu’au dernier. Dick regarda Matcham d’un meilleur œil.
— Ainsi, vous m’êtes fidèle, Jack ? demanda-t-il, je pensais que vous étiez de l’autre parti.
Matcham se mit à sangloter.
— Qu’est-ce que cela signifie ? dit Dick. Que les saints nous pardonnent ! Allez-vous pleurnicher pour un mot ?
— Vous m’avez fait mal, sanglota Matcham. Vous m’avez fait mal, quand vous m’avez jeté par terre. Vous êtes un lâche d’abuser ainsi de votre force.
— Peuh ! c’est un propos de sot, dit rudement Dick. Vous n’aviez aucun droit sur mon grappin ; maître John. J’aurais bien fait de vous donner une raclée. Si vous venez avec moi, il faut m’obéir ; sur ce, marchons.