— Arrêtez ! rugit-il, ne tirez pas ! Prenez-le vivant ! C’est le jeune Shelton, le fils de Harry.

Et aussitôt un sifflement aigu résonna plusieurs fois, fut de nouveau repris et répété plus loin. Le sifflet, semblait-il, était la trompe de guerre qui servait à Jean Répare-tout pour répandre ses ordres.

— Ah ! Malheur ! dit Dick. Nous sommes pris. Vivement, Jack, venez vite !

Et le couple tourna et courut en arrière, à travers les pins qui couvraient le sommet de la colline.

CHAPITRE VI
JUSQU’A LA FIN DU JOUR

Il était en effet grand temps de courir. De toutes parts la compagnie de la Flèche-Noire se dirigeait vers la colline. Quelques-uns, meilleurs coureurs, ou ayant devant eux un terrain découvert, avaient de beaucoup dépassé les autres et étaient déjà tout près du but ; d’autres, suivant les vallées, s’étaient répandus à droite et à gauche et cernaient les jeunes gens des deux côtés.

Dick s’enfonça sous le couvert le plus proche. C’était un grand bosquet de chênes, avec un terrain ferme sous le pied et libre de broussailles, descendant la colline ; ils allèrent donc bon train. Ensuite venait un terrain découvert que Dick évita en inclinant à gauche. Deux minutes plus tard, le même obstacle se présentait encore, et ils firent de même. Par suite, tandis que les jeunes gens, décrivant une courbe vers la gauche, se rapprochaient de plus en plus de la grande route et de la rivière qu’ils avaient traversée une heure ou deux auparavant, la grande masse de leurs poursuivants se portait de l’autre côté vers Tunstall.

Les garçons s’arrêtèrent pour respirer. Il n’y avait aucun bruit de poursuite. Dick mit son oreille contre terre et n’entendit rien ; mais le vent faisait encore du bruit dans les arbres et il était difficile d’avoir une certitude.

— En avant encore ! dit Dick, et fatigués comme ils l’étaient, et Matcham boitant de son pied blessé, ils reprirent courage, et continuèrent, à toute vitesse, la descente de la colline.

Trois minutes plus tard, ils reprenaient haleine dans un bas, fourré d’arbustes verts. Haut, au-dessus de leurs têtes, les grands arbres formaient un toit continu de feuillage. C’était un bosquet avec des piliers hauts comme une cathédrale et, à part les houx avec lesquels ils se débattaient, libre et moelleusement gazonné.