— Son attouchement est la mort, dit Matcham, sauvons-nous.
— Non pas, répliqua Dick. Ne voyez-vous pas qu’il est aveugle ? Il se guide avec un bâton. Restons tranquilles, le vent souffle vers le sentier, il passera et ne nous fera pas de mal. Hélas ! pauvre malheureux, nous devrions plutôt le plaindre !
— Je le plaindrai quand il sera loin, répliqua Matcham.
Le lépreux aveugle était maintenant à mi-chemin vers eux, et, à ce moment, le soleil se leva et brilla en plein sur sa face voilée. Il avait été grand avant que la dégoûtante maladie l’eût courbé et même il marchait encore d’un pas vigoureux. Le lugubre battement de sa cloche, le tâtonnement de son bâton, l’étoffe couvrant sa face et la certitude qu’il était non seulement voué à la mort et à la souffrance, mais séparé pour toujours de l’approche de ses semblables, remplissait l’âme des jeunes gens d’épouvante, et à chaque pas qui le rapprochait d’eux leur courage et leur force semblaient les abandonner.
Lorsqu’il arriva à peu près en face du creux, il s’arrêta et tourna sa figure droit vers eux.
— Marie me protège ! il nous voit, dit Matcham d’une voix éteinte.
— Chut ! murmura Dick, il ne peut qu’écouter. Il est aveugle, idiot !
Le lépreux regarda ou écouta, peu importe, pendant quelques secondes. Puis il se remit en marche, mais bientôt, s’arrêta de nouveau, se retourna et sembla regarder les jeunes gens. Dick lui-même devint blanc comme un mort et ferma les yeux comme si un simple coup d’œil eût pu lui communiquer l’infection. Mais bientôt la clochette sonna et, cette fois sans plus d’hésitation, le lépreux traversa le bout de la petite bruyère et disparut sous le couvert du bois.
— Il nous a vus, dit Matcham, j’en jurerais.
— Bah ! répliqua Dick, retrouvant un peu de courage. Il n’a pu que nous entendre. Il avait peur, le pauvre ! Si vous étiez aveugle et marchiez dans une nuit perpétuelle, vous trembleriez, rien qu’à entendre craquer une branche ou chanter un oiseau.