— Si je ne dois plus le revoir, je veux en savoir la raison. Il n’est pas venu ici de son plein gré ; tel que je suis, je suis son meilleur protecteur et je veux le voir bien traité. Il y a trop de mystères ici et je commence à en avoir assez.

Comme Dick parlait, une lourde main tomba sur son épaule. C’était Bennet Hatch qui s’était approché de lui sans qu’il s’en aperçût. D’un signe rapide le lieutenant renvoya sa femme.

— Ami Dick, dit-il aussitôt qu’ils furent seuls ; êtes-vous un sauvage lunatique ? Si vous ne laissez pas certaines choses tranquilles, vous serez mieux au fond de la mer qu’ici à Tunstall, à Moat-House. Vous m’avez questionné, vous avez questionné, harcelé Carter ; vous avez effrayé le faquin de prêtre avec des allusions. Soyez plus prudent, fou ; et à présent, quand Sir Daniel vous fera demander, montrez-moi une figure calme, au nom de la prudence. Vous allez être questionné de près. Attention à vos réponses.

— Hatch, répondit Dick, dans tout ceci je flaire une conscience coupable.

— Et si vous n’êtes pas plus prudent, on flairera du sang… répliqua Bennet. Je vous avertis. Voici qu’on vient vous chercher.

En effet, juste à ce moment, un messager traversa la cour pour inviter Dick à se présenter devant Sir Daniel.

CHAPITRE II
LES DEUX SERMENTS

Sir Daniel était dans le hall ; il allait et venait rageusement devant le feu en attendant Dick. Il n’y avait personne que Sir Olivier, assis discrètement dans un coin, qui feuilletait son bréviaire et marmottait.

— Vous m’avez fait demander, Sir Daniel ? dit Shelton.

— Je vous ai fait demander, parfaitement, répondit le chevalier. Qu’est-ce que j’apprends ? Ai-je été pour vous un mauvais tuteur que vous vous hâtiez de croire au mal que l’on conte sur moi ? Ou parce que vous me voyez battu pour cette fois, pensez-vous à quitter mon parti ? Par la messe, votre père n’était pas ainsi ! Là où il était, il restait, malgré vents et marée. Mais vous, Dick, vous êtes un ami des beaux jours, à ce qu’il paraît, et, aujourd’hui, vous cherchez à vous débarrasser de la foi due.