— Si vous l’aviez oublié… comme je sais que vous ne l’avez pas fait… par la messe ! je ficherais une flèche dans votre gros corps, répliqua le premier.
— Oui-dà, si vous êtes un si mauvais plaisant, dit Lawless, vous aurez votre mot, Duckworth, et Shelton est le mot, et pour l’expliquer, voici Shelton sur mes épaules et c’est à Duckworth que je le porte.
— Passez, Lawless, dit la sentinelle.
— Et où est Jean ? demanda le frère gris.
— Il tient sa cour, par la messe ! et perçoit des rentes comme s’il était né pour cela ! cria un autre de la compagnie.
C’était vrai. Quand Lawless arriva à la petite auberge du village, il trouva Ellis Duckworth entouré des tenanciers de Sir Daniel, qui, par le droit de sa bonne compagnie d’archers, tranquillement percevait les revenus, et donnait, en retour, des reçus par écrit. Aux figures des fermiers, il était évident que cette manière de faire ne leur allait guère ; car ils arguaient avec raison qu’ils auraient simplement à les payer deux fois.
Aussitôt qu’il sut ce qui amenait Lawless, Ellis renvoya le reste des tenanciers, et, avec toutes sortes de marques d’intérêt et d’anxiété, il conduisit Dick dans une chambre intérieure de l’auberge. Là, les blessures au jeune homme furent examinées ; avec des remèdes simples il reprit conscience.
— Cher enfant, dit Ellis en lui prenant la main, vous êtes entre les mains d’un ami qui aimait votre père et vous aime en souvenir de lui. Reposez-vous un peu tranquillement, car vous êtes assez malade. Ensuite vous me raconterez votre histoire, et à nous deux nous trouverons un remède pour tout.
Un peu plus tard dans la journée, après que Dick se fut réveillé d’un sommeil confortable, il se trouva très faible, mais l’esprit plus net et le corps plus à l’aise ; Ellis revint près de lui, et s’assit auprès du lit, lui demanda, au nom de son père, de lui dire les circonstances de sa fuite de Moat-House. Il y avait quelque chose dans la carrure puissante de Duckworth, dans l’honnêteté de sa figure brune, dans la clarté pénétrante de ses yeux, qui engagea Dick à lui obéir, et, du commencement à la fin il lui raconta l’histoire de ses deux jours d’aventures.
— Bien, dit Ellis, quand il eut fini, voyez ce que les saints miséricordieux ont fait pour vous, Dick Shelton, non seulement en sauvant votre corps de si nombreux et mortels dangers, mais aussi en vous amenant vers moi qui n’ai pas de désir plus cher que d’aider le fils de votre père. Soyez seulement loyal envers moi… et je vois que vous êtes loyal… et à nous deux nous amènerons ce déloyal traître à sa mort.