«Amen, dit gravement le royal justicier, j'ai tué un basilic.
—Qu'avez-vous fait! s'écria en même temps l'agent de police, hors de lui. Je suis un homme perdu.
—Bon nombre de gens bien placés à Paris pourraient vous envier votre ruine, repartit le prince avec un sourire.
—Hélas! Votre Altesse me corrompt, moi aussi, après tout!
—Que voulez-vous, je n'y pouvais rien! Maintenant, allons à la Préfecture.»
Peu après, le mariage de Francis Scrymgeour et de miss Vandeleur fut célébré sans bruit, le prince faisant office de témoin. Les deux Vandeleur ont eu vent, sans doute, du sort de leur butin, car d'énormes travaux de draguage dans la Seine font l'étonnement et la joie des flâneurs; ces travaux pourront continuer longtemps, puisqu'une mauvaise chance a voulu jusqu'ici qu'on opérât sur l'autre bras de la rivière. Quant au prince, ce sublime personnage ayant maintenant joué son rôle, il peut, avec «l'auteur arabe», disparaître dans l'espace. Pourtant, si le lecteur désire des informations plus précises, je suis heureux de lui faire savoir qu'une récente révolution a précipité Florizel du trône de Bohême, par suite de ses absences prolongées et de son édifiante négligence en ce qui concernait les affaires publiques. Il tient à présent, dans Rupert-Street, une boutique de cigares très fréquentée par d'autres réfugiés étrangers. Je vais là de temps en temps fumer et causer un brin, et je trouve toujours en lui l'être magnanime qu'il était aux jours de sa prospérité; il conserve derrière son comptoir un port olympien, et bien que la vie sédentaire commence à marquer sous son gilet, il est encore incontestablement le plus beau des marchands de tabac de Londres.