M. Utterson est plus ému qu'il ne veut le laisser paraître.

«Sur la maison elle-même, demande-t-il, vous ne savez rien?

—Si fait, j'ai observé que personne n'y entre jamais, sauf le héros très repoussant de mon aventure. Elle n'est pas habitée, les trois fenêtres grillées, sur la cour, restent toujours closes, mais les vitres en sont propres, et, au-dessus, il y a une cheminée qui fume parfois, ce qui donnerait l'idée que quelqu'un y vient accidentellement.»

Le notaire Utterson voit que M. Enfield ne se doute pas que cette vilaine bâtisse dépend de la maison de son ami Jekyll. Après avoir soupçonné celui-ci de folie toute pure, il craint qu'il ne s'agisse plutôt de quelque complicité honteuse. L'idée fixe le poursuit de s'éclairer là-dessus. Il se met à guetter les secrets nocturnes du quartier que fréquente l'odieux Hyde. Longtemps il attend en vain; mais, certain soir, vers dix heures, les boutiques étant closes et la rue silencieuse, au milieu du sourd mugissement de Londres, un pas retentit rapide, un homme de petite taille apparaît, tire une clé de sa poche et se dirige vers la maison indiquée.

«M. Hyde?» lui dit le notaire en posant la main sur son épaule.

L'homme tressaille et recule, mais sa terreur n'est que momentanée. Reprenant aussitôt de l'empire sur lui-même, il répond:

«C'est mon nom, en effet; que me voulez-vous?

—Je suis un vieil ami du docteur Jekyll; on a dû vous parler de moi: M. Utterson. Faites-moi une grâce, laissez-moi voir votre visage.»

L'autre hésite, puis, après réflexion, se tourne d'un air de défi.

«Maintenant je vous reconnaîtrai, dit Utterson. Cela peut être utile.