«J'ai été charmé, monsieur, de pouvoir satisfaire le désir que vous m'avez fait exprimer par le colonel Geraldine.»

Après cette entrée en matière, il lui fit quelques questions sur la situation politique de l'Amérique, auxquelles Silas répondit avec tact et bon sens.

«Vous êtes encore un très jeune homme, dit le prince; je vous trouve bien sérieux pour votre âge. Peut-être laissez-vous votre esprit s'absorber outre mesure dans des études ardues. Mais peut-être, d'autre part, suis-je moi-même indiscret en touchant à quelque sujet pénible.

—J'ai, en effet, une excellente raison pour être au désespoir, dit Silas; jamais un être plus innocent que moi ne fut plus abominablement trompé.

—Je ne veux pas forcer vos confidences, répliqua Florizel, mais n'oubliez pas que la recommandation du colonel Geraldine est un passeport assuré, et que je suis non seulement désireux de vous rendre service à l'occasion, mais peut-être plus en état que beaucoup d'autres de le faire.»

Silas fut charmé de l'amabilité d'un si grand personnage; néanmoins son esprit revint bientôt à ses sombres préoccupations; car rien, pas même la courtoisie d'un prince à l'égard d'un républicain, ne peut décharger de ses soucis un cœur souffrant.

Le train arriva à Charing-Cross; la douane eut les égards habituels pour l'auguste bagage. Des voitures attendaient, et Silas fut conduit, en même temps que toute la suite, à la résidence du prince. Là, le colonel Geraldine alla le chercher et lui exprima sa satisfaction d'avoir pu obliger un ami du docteur Noël, pour lequel il professait la plus haute considération.

«J'espère, ajouta-t-il, que vous ne trouverez aucune de vos porcelaines brisées. Des ordres spéciaux ont été donnés le long de la ligne, afin que les bagages de Son Altesse fussent traités avec précaution.»

Puis, commandant aux domestiques de mettre une voiture à la disposition du jeune homme, le colonel lui serra la main et s'en alla vaquer aux devoirs de sa charge.

Alors, Silas ouvrit l'enveloppe qui cachait l'adresse de son protecteur inconnu et dit au majestueux laquais de le conduire à Box-Court, du côté du Strand. L'endroit n'était probablement pas inconnu à celui-ci, car il parut stupéfait et se fit répéter l'ordre en question. Ce fut l'âme pleine d'alarmes poignantes que Silas monta dans le carrosse princier et fut mené à destination. L'entrée de Box-Court était trop étroite pour le passage d'une voiture; c'était un simple chemin de piétons, entre deux barrières, avec une borne à chaque bout; sur l'une de ces bornes était assis un homme, qui aussitôt sauta à terre et échangea un signe amical avec le cocher, pendant que le valet de pied ouvrait la portière et demandait à Silas s'il devait descendre la malle, et à quel numéro elle devait être portée.