Et le vétéran tendit sa main, qui était rouge et tremblante, au jeune lieutenant.

«Qui ne le connaît? répondit Brackenbury.

—Lorsque cette petite affaire sera réglée, dit Mr. Morris, vous jugerez que je vous ai suffisamment récompensés; car à aucun de vous deux je n'aurais pu rendre un service plus précieux que de lui faire faire la connaissance de l'autre.

—Et maintenant, demanda le major O'Rooke, s'agit-il d'un duel?

—C'est un duel d'une certaine sorte, répondit Mr. Morris, un duel avec des ennemis inconnus et dangereux et, je le crains, un duel à mort. Je dois vous prier, continua-t-il, de ne plus m'appeler Morris; nommez-moi, s'il vous plaît, Hammersmith. Pour ce qui est de mon vrai nom et de celui d'une personne à qui j'espère vous présenter avant peu, vous me ferez plaisir en ne les demandant pas et en ne cherchant pas à les découvrir vous-mêmes. Il y a trois jours, celui dont je vous parle disparut soudain de chez lui, et jusqu'à ce matin je n'ai pas reçu le moindre renseignement sur son compte. Vous imaginerez mon inquiétude, quand je vous aurai dit qu'il est engagé dans une œuvre de justice privée. Lié par un malheureux serment, trop légèrement prononcé, il croit nécessaire de purger la terre du dernier des misérables, traître, meurtrier, etc..., sans le secours de la loi. Déjà deux de nos amis (l'un d'eux mon propre frère) ont péri dans cette entreprise. Lui-même, ou je me trompe fort,—est pris dans les mêmes trames fatales. Mais du moins il vit encore, il espère toujours, comme le prouve suffisamment ce billet.»

Là-dessus, l'homme qui parlait ainsi et qui n'était autre que le colonel Geraldine, montra une lettre conçue en ces termes:

«Major Hammersmith,—Mercredi, à trois heures du matin, vous serez introduit par la petite porte dans le jardin de Rochester-House, Regent's Park, par un homme qui est entièrement à ma dévotion. Je vous prie de ne pas me faire attendre, fût-ce une seconde. Apportez, s'il vous plaît, ma boîte d'épées, et, si vous pouvez les trouver, amenez un ou deux hommes d'honneur et d'une discrétion absolue, à qui ma personne soit inconnue. Mon nom ne doit pas paraître dans cette affaire.

T. GODALL.»

—Ne fût-ce que du droit que lui donne son caractère, mon ami est de ceux dont la volonté s'impose, poursuivit le colonel Geraldine; inutile de vous dire, par conséquent, que je n'ai même pas visité les alentours de Rochester-House et que je suis comme vous dans des ténèbres absolues, touchant la nature de ce dilemme. Aussitôt que j'eus reçu ces ordres, je me rendis chez un entrepreneur de locations; en quelques heures la maison dans laquelle nous sommes, eut pris un air de fête. Mon plan était au moins original et je suis loin de le regretter, puisqu'il m'a valu les services du major O'Rooke et du lieutenant Brackenbury Rich. Mais les habitants de cette rue auront un étrange réveil. Ils trouveront demain matin, déserte et à vendre, la maison qui cette nuit était pleine de lumières et de monde. C'est ainsi, reprit le colonel, que les affaires les plus graves ont un côté plaisant.

—Et, permettez-moi d'ajouter, une heureuse issue, fit observer Brackenbury.»