Elle l'avait pris de haut, mais s'adoucit à la vue de la confusion de Harry:

«Je sais que vous n'avez aucune intention de m'humilier, reprit-elle, et j'aime votre figure; mais je ne pense rien de bon de cette lady Vandeleur. Oh! ces grandes dames!... Envoyer un vrai gentleman comme vous porter un carton en plein jour!»

Pendant cet entretien, ils étaient restés dans leur première position: elle, sur le seuil de la porte, lui sur le trottoir, nu-tête pour avoir plus frais, et tenant le carton sous son bras.

Mais à ces derniers mots, Harry, qui n'était capable de supporter ni de pareils compliments de but en blanc, ni les regards encourageants dont ils étaient accompagnés, se mit à jeter des regards inquiets à droite et à gauche. Au moment où il tournait la tête vers le bas de la ruelle, ses yeux épouvantés rencontrèrent ceux du général Vandeleur. Le général, dans une prodigieuse excitation dont la chaleur, la colère et une course effrénée étaient cause, battait les rues à la poursuite de son beau-frère; mais à peine eut-il aperçu le secrétaire coupable que son projet changea; sa fureur prit un autre cours; il remonta la rue en tempêtant, avec des gestes et des vociférations farouches.

Harry ne fit qu'un saut dans la maison, y poussa son interlocutrice devant lui et ferma brusquement la porte au nez de l'agresseur.

«Y a-t-il une barre? Peut-on la poser? demanda-t-il, pendant qu'on frappait le marteau à faire résonner tous les échos de la maison.

—Voyons, que craignez-vous? demanda la femme de chambre. Est-ce donc ce vieux monsieur?

—S'il s'empare de moi, murmura Harry, je suis un homme mort. Il m'a poursuivi toute la journée, il porte une canne à épée et il est officier de l'armée des Indes.

—Ce sont là de jolies manières, dit la petite; et, s'il vous plaît, quel peut être son nom?

—C'est le général, mon maître, répondit Harry. Il court après le carton.