«Arrête, voleur!» cria-t-il.
Immédiatement le garçon boucher saisit le cri et le répéta en se joignant à la poursuite.
Ce fut un cruel moment pour le secrétaire traqué. Il se sentait à bout de forces et, s'il rencontrait quelqu'un venant en sens inverse de ses persécuteurs, sa situation dans cette étroite ruelle serait en vérité désespérée.
«Il faut que je trouve un endroit où me cacher, pensa-t-il; et cela en une seconde, ou, tout est fini pour moi!»
À peine cette idée avait-elle traversé son esprit que la rue, faisant un coude, le dissimula aux yeux de ses ennemis. Il y a des circonstances dans lesquelles les hommes les moins énergiques apprennent à agir avec vigueur et décision, où les plus circonspects oublient leur prudence et prennent les résolutions téméraires. Une de ces circonstances se présenta pour Harry Hartley; ceux qui le connaissaient eussent été bien surpris de l'audace du jeune homme. Il s'arrêta net, jeta le carton par-dessus le mur d'un jardin et, sautant en l'air avec une agilité incroyable, il saisit des deux mains la crête de ce mur, puis se laissa rouler de l'autre côté.
Il revint à lui un moment après et se trouva assis dans une bordure de petits rosiers. Ses mains et ses pieds déchirés saignaient, car le mur était protégé contre de pareilles escalades par une ample provision de bouteilles cassées; il éprouvait une courbature générale et un vertige pénible dans la tête. En face de lui, à l'autre extrémité du jardin, admirablement tenu et rempli de fleurs aux parfums délicieux, il aperçut le derrière d'une maison. Elle était très grande et certainement habitable; mais, par un contraste singulier avec l'enclos environnant, elle était délabrée, mal entretenue et d'apparence sordide. Quant au mur du jardin, de tous côtés il lui parut intact.
Harry constata machinalement ces détails, mais son esprit restait incapable de coordonner les faits ou de tirer une conclusion rationnelle de ce qu'il voyait. Et, lorsqu'il entendit des pas approcher sur le gravier, aucune pensée de défense ni de fuite ne lui vint à l'esprit.
Le nouvel arrivant était un grand et gros individu, fort sale, en costume de jardinage, qui tenait un arrosoir dans la main gauche. Quelqu'un de moins troublé eût éprouvé une certaine alarme à la vue des proportions colossales et de la mauvaise physionomie de cet homme. Mais Harry était encore trop profondément ému par sa chute pour pouvoir même être terrifié; quoiqu'il se sentît incapable de détourner ses regards du jardinier, il resta absolument passif et le laissa s'approcher de lui, le prendre par les épaules et le remettre brutalement debout, sans le moindre signe de résistance.
Tous deux se regardèrent dans le blanc des yeux, Harry fasciné, l'homme avec une expression dure et méprisante.
«Qui êtes-vous? demanda enfin ce dernier. Qui êtes-vous pour venir ainsi, par-dessus mon mur, briser mes Gloire de Dijon? Quel est votre nom? ajouta-t-il en le secouant. Et que pouvez-vous avoir à faire ici?»