«Vous faites erreur, dit-il. Mon nom est Thomlinson et je suis un ami de Raeburn.

—Vraiment? s'écria Mr. Rolles. La ressemblance est frappante!»

Raeburn, qui avait été sur les épines pendant ce colloque, jugea qu'il était grand temps de le terminer.

«Je vous souhaite une promenade agréable, monsieur, dit-il».

En prononçant ces mots, il entraîna Harry vers la maison et ensuite dans une chambre qui donnait sur le jardin. Là, son premier soin fut de baisser les jalousies, car Mr. Rolles était resté à l'endroit où ils l'avaient laissé, dans une attitude de perplexité et de réflexion. Puis il vida le carton rompu sur une table, et, se frottant les mains, demeura en contemplation devant le trésor ainsi étalé aux regards, avec une expression d'avidité extatique. La vue de cette ignoble figure devenue tout à fait bestiale, sous l'influence de sa basse passion, ajouta une nouvelle torture à celles dont Harry souffrait déjà. Il lui semblait impossible, que, de sa vie de frivolité innocente et douce, il fut ainsi subitement jeté dans des relations criminelles. Il ne pouvait reprocher à sa conscience aucun acte coupable, et cependant la punition du péché sous sa forme la plus aiguë et la plus cruelle s'appesantissait sur lui: l'effroi du châtiment, les soupçons des bons et la promiscuité flétrissante avec des natures inférieures. Il sentit qu'il donnerait sa vie avec joie pour sortir de la chambre et pour échapper à la société d'un Raeburn.

«Et maintenant, dit ce dernier, après qu'il eut divisé les bijoux en deux parts à peu près égales et attiré devant lui la plus grosse, et maintenant, toutes choses en ce monde se paient. Vous saurez, Mr. Hartley, si tel est votre nom, que je suis un brave homme d'un caractère très accommodant; ma bonne nature a été pour moi une pierre d'achoppement en ce monde, depuis le commencement jusqu'à la fin. Je pourrais empocher la totalité de ces jolis cailloux, et vous n'auriez pas un mot à dire; mais je n'ai pas le cœur de vous tondre de si près. Par pure bonté, je propose donc de partager comme ceci.—Le drôle indiquait les deux tas.—Voilà des proportions qui me semblent justes et amicales. Avez-vous quelque objection à soulever, Mr. Hartley, je vous le demande? Je ne suis pas homme à discuter pour une broche.

—Mais, monsieur, s'écria Harry, ce que vous me proposez est impossible. Les joyaux ne sont pas à moi; avec n'importe qui, et en quelque proportion que ce soit, je ne puis partager ce qui appartient à un autre.

—Ils ne sont pas à vous? Bah!... répliqua Raeburn; et vous ne sauriez les partager avec personne? Tant pis! C'est grand dommage; car alors je me vois obligé de vous conduire au poste. La police! réfléchissez-y, continua-t-il. Pensez à la honte pour vos respectables parents; pensez, poursuivit-il, saisissant Harry par le poignet, pensez aux colonies et au jour du jugement.

—Je n'y puis rien! gémit Harry. Ce n'est pas ma faute; vous ne voulez pas venir avec moi à Eaton Place?

—Non, répondit le jardinier, je ne le veux pas, cela est certain, et j'entends partager ici ces joujoux avec vous.»