«Voici tout ce qui reste, dit-il; je jure devant Dieu, qu'il n'y a pas de ma faute, et, si vous voulez avoir un peu de patience, quoique quelques bijoux soient perdus, je le crains bien, pour toujours, d'autres, j'en suis sûr, peuvent encore être retrouvés.

—Hélas! s'écria lady Vandeleur, tous nos diamants ont disparu, et je dois quatre-vingt-dix mille livres pour mes toilettes!

—Madame, répliqua le général, vous auriez pu faire des dettes pour cinquante fois la somme que vous dites, vous auriez pu me dépouiller de la couronne et de l'anneau de ma mère, que j'aurais peut-être eu la lâcheté de vous pardonner quand même. Mais, vous avez volé le diamant du Rajah, l'œil de la lumière, comme les Orientaux le nommaient poétiquement, l'orgueil de Kashgar! Vous m'avez pris le diamant du Rajah, cria-t-il en levant les mains vers le ciel, tout est fini entre nous!

—Croyez-moi, général, répondit-elle; voici un des plus agréables discours que j'aie jamais entendu tomber de vos lèvres; et, puisque nous devons être ruinés, je pourrai presque bénir ce changement, s'il me délivre de votre présence. Vous m'avez assez souvent répété que je vous avais épousé pour votre argent; laissez-moi vous dire maintenant que je me suis toujours cruellement repentie de ce marché. Si vous étiez encore à marier, quand vous posséderiez un diamant plus gros que votre tête, je dissuaderais même ma femme de chambre d'une union aussi peu séduisante. Quant à vous, Mr. Hartley, continua-t-elle en se tournant vers le secrétaire, vous avez suffisamment montré dans cette maison vos précieuses qualités; nous sommes maintenant convaincus que vous manquez totalement de bravoure, de sens commun, et du respect de vous-même; je n'ai qu'un conseil à vous donner: éloignez-vous sur-le-champ, et ne revenez plus. Pour vos gages, vous pourrez prendre rang comme créancier dans la banqueroute de mon ex-mari.»

Hartley avait à peine compris ces paroles insultantes, que le général lui en adressait d'autres:

«Et en attendant, monsieur, suivez-moi chez le plus proche commissaire de police. Vous pouvez en imposer à un soldat crédule, mais l'œil de la loi lira votre honteux secret. Si, par suite de vos basses intrigues avec ma femme, je dois passer ma vieillesse dans la misère, j'entends du moins que vous ne demeuriez pas impuni. Et le ciel me refusera une très grande satisfaction, si, à partir d'aujourd'hui, monsieur, vous ne triez pas de l'étoupe jusqu'à votre dernière heure.»

Là-dessus, le général poussa Harry hors du salon, lui fit descendre vivement l'escalier et l'entraîna dans la rue, jusqu'au poste de police.

Ici, dit mon auteur arabe, finit la triste HISTOIRE DU CARTON À CHAPEAU. Mais pour notre infortuné secrétaire, cette aventure fut le commencement d'une vie nouvelle et plus honorable. La police se laissa aisément convaincre de son innocence, et, après qu'il eut fourni toute l'aide possible dans les recherches qui suivirent, il fut même complimenté par un des chefs du service des Détectives, pour l'honnêteté et la droiture de sa conduite. Plusieurs personnes s'intéressèrent à ce jeune homme si malheureux; à peu de temps de là, une tante non mariée, dans le Worcestershire, lui laissa par héritage une certaine somme d'argent. Avec cela, il épousa l'accorte Prudence et s'embarqua pour Bendigo, ou, suivant un autre renseignement, pour Trincomalee, satisfait de son sort et ayant devant lui le meilleur avenir.


[HISTOIRE DU JEUNE CLERGYMAN]