Mr. Rolles regagna son appartement, qu'il trouva plus petit et plus nu que d'habitude; jamais les matériaux de son grand ouvrage ne lui avaient offert aussi peu d'intérêt, et il regarda sa bibliothèque d'un œil de mépris. Il prit, volume par volume, plusieurs Pères de l'Église, et les parcourut; mais ils ne contenaient rien qui pût convenir à sa disposition d'esprit actuelle.

«Ces vénérables personnages, pensa-t-il, sont, sans aucun doute, des écrivains de grande valeur, mais ils me semblent absolument ignorants de la vie. Me voici assez savant pour être évêque, et incapable néanmoins d'imaginer ce qu'il faut faire d'un diamant volé. J'ai recueilli une indication de la bouche d'un simple policeman qui en sait plus long que moi, et, avec tous mes in-folios, je ne puis arriver à me servir de son idée. Ceci m'inspire une bien faible estime pour l'éducation universitaire.»

Là-dessus, il bouscula sa tablette de livres; et, prenant son chapeau, sortit à grands pas de la maison, pour courir vers le club dont il faisait partie. Dans un lieu de réunion mondaine, il espérait trouver de bons conseils, réussir à causer avec un membre quelconque qui eût cette grande expérience de la vie dont les Pères de l'Église étaient dépourvus. Mais non, la salle de lecture n'abritait que beaucoup de prêtres de campagne et un doyen. Trois journalistes et un auteur qui avait écrit sur les Métaphysiques supérieures jouaient au pool; rien à faire avec ceux-ci! À dîner, les plus vulgaires seulement des habitués du club montrèrent leurs figures banales et effacées. Aucun d'entre eux non plus, pensa Mr. Rolles, n'en saurait plus long que lui, aucun ne serait capable de le tirer des difficultés présentes.

À la fin, dans le fumoir, il découvrit un gentleman du port le plus majestueux et vêtu avec une affectation de simplicité. Il fumait un cigare et lisait la Fortnightly Review; sa figure était extraordinairement libre de tout indice de préoccupation ou de fatigue; il y avait quelque chose dans son air qui semblait inviter à la confiance et commander la soumission. Plus le jeune clergyman scrutait ses traits, plus il était convaincu qu'il venait de tomber sur celui qui pouvait, entre tous, offrir un avis utile.

«Monsieur, commença-t-il, vous excuserez ma hardiesse. Mais sans préambules, d'après votre apparence, je juge que vous devez être avant tout, un homme du monde.

—J'ai en effet de grandes prétentions à ce titre, répondit l'étranger en déposant sa revue avec un regard mélange de surprise et d'amusement.

—Moi, monsieur, continua le clergyman, je suis un reclus, un étudiant, un compulseur de bouquins. Les événements m'ont fait reconnaître ma sottise depuis peu et je désire apprendre la vie. Quand je dis la vie, ajouta-t-il, je n'entends pas ce qu'on en trouve dans les romans de Thackeray, mais les crimes, les aventures secrètes de notre société, et les principes de sage conduite à tenir dans des circonstances exceptionnelles. Je suis un travailleur, monsieur; la chose peut-elle être apprise dans les livres?

—Vous me mettez dans l'embarras, dit l'étranger; j'avoue n'avoir pas grande idée de l'utilité des livres, sauf comme amusement pendant un voyage en chemin de fer. Il existe toutefois, je suppose, quelques traités très exacts sur l'astronomie, l'agriculture et l'art de faire des fleurs en papier. Sur les emplois secondaires de la vie, je crains que vous ne trouviez rien de véridique. Cependant, attendez, ajouta-t-il; avez-vous lu Gaboriau?»

Mr. Rolles avoua qu'il n'avait même jamais entendu ce nom.

«Vous pouvez recueillir quelques renseignements dans Gaboriau; il est du moins suggestif; et, comme c'est un auteur très étudié par le prince de Bismarck, au pire, vous perdrez votre temps en bonne compagnie.