Par A. Moulharac

Robert-Louis Stevenson, né à Edimbourg (Ecosse) en 1850, mort aux Iles Samoa en 1894, est un des écrivains anglais les plus originaux de la seconde moitié du XIXe siècle. Poète, humoriste, romancier et voyageur doué d’un talent d’observation peu commun, il a écrit un nombre considérable d’ouvrages devenus populaires. L’île au trésor et plusieurs autres de ses livres traduits dans notre langue l’ont fait apprécier comme il le mérite par les lecteurs français. Nous avons voulu par un résumé assez développé, où certaines parties sont traduites presque littéralement, faire connaître dans les Mémoires du Club Cévenol le très intéressant voyage de Stevenson dans les Cévennes avec un âne[1]. MM. Chatto et Windus, propriétaires-éditeurs des œuvres de cet écrivain, ont bien voulu nous autoriser à publier ce travail qui avait fait l’objet d’une conférence donnée au groupe de Paris le 10 mai 1899.

A. M.

VOYAGE
A TRAVERS LES CÉVENNES
AVEC UN ANE
Par R.-L. STEVENSON


Stevenson n’était pas un voyageur du genre de ceux que promène l’Agence Cook.

Portant toujours avec lui un album et un carnet pour prendre des croquis et consigner ses impressions de la journée, c’étaient les contrées les moins fréquentées qu’il prenait pour but de ses excursions.

Il était âgé de 28 ans en 1878 lorsque sa fantaisie le conduisit au Monastier, chef-lieu de canton de la Haute-Loire, à 20 kilomètres du Puy, au milieu des Montagnes du Velay. Voici sur cette petite ville de 2.000 habitants les remarques qu’on lit dans son «Voyage à travers les Cévennes avec un âne,» voyage fort original où nous le suivrons pas à pas.

Le Monastier, écrit-il, est remarquable par la fabrication des dentelles, par l’ivrognerie, la licence de langage de ses habitants et l’acharnement de leurs discussions politiques. Tous les partis qui divisent la France y sont représentés. Pleins de haine et de mépris les uns pour les autres, ils se dénigrent, se calomnient et ne s’adressent la parole que pour s’injurier: c’est une vraie «Pologne de montagne.» L’appréciation est sévère; il serait à désirer qu’elle ne fût pas juste, tant pour ce canton que pour beaucoup d’autres.