Sulfatin avait disparu dès le commencement du concert. Philox Lorris, qui aurait bien voulu en faire autant, le tapage musical ne l'intéressant nullement, ne s'en était pas inquiété. Sans doute, Sulfatin avait préféré causer dans quelque coin avec des gens plus sérieux que les amateurs de musique. Quelques groupes d'invités, pour la plupart illustrations scientifiques françaises ou étrangères, se livraient çà et là, dans les petits salons, à de graves discussions en attendant la partie scientifique de la fête, mais il n'y avait pas de Sulfatin avec eux.

NOS FLEUVES ET NOTRE ATMOSPHÈRE.-MULTIPLICATION DES FERMENTS PATHOGÈNES, DES DIFFÉRENTS MICROBES ET BACILLES

Où pouvait-il être? Ne serait-il pas monté prendre l'air sur la plate-forme? M. Philox Lorris s'informa. Sulfatin, peu contemplatif, n'était pas allé admirer l'illumination électrique de l'hôtel portant ses jets de lumière, au loin dans les profondeurs célestes, par-dessus la couronne stellaire des mille phares parisiens.

«J'y suis, se dit Philox Lorris, où avais-je la tête? Parbleu! Sulfatin avait une heure à lui; au lieu de rester à bâiller au concert, ce digne ami, il est allé travailler…»

«NOUS SOMMES TOUS VÉNÉRABLES DÈS LA QUARANTAINE.»

Le compartiment du grand hall où se trouvait le laboratoire personnel de Sulfatin avait été réservé; on avait entassé là tous les appareils qui eussent pu gêner la foule. Philox Lorris y courut et frappa vivement à la porte, pensant que Sulfatin s'y était enfermé. Pas de réponse. Machinalement, M. Lorris mit le doigt sur le bouton de la serrure et la porte, non fermée, s'ouvrit sans bruit.

Dans l'encombrement des appareils, Philox Lorris n'aperçut pas d'abord son collaborateur; à son grand étonnement, il entendit une voix de femme parlant vivement sur un ton de colère; puis la voix de Sulfatin s'éleva non moins furieuse.

«Qui diable mon Sulfatin peut-il invectiver ainsi? pensa Philox Lorris stupéfait et hésitant un instant à avancer, partagé qu'il était entre la curiosité et la crainte d'être indiscret.