Étendu dans un large fauteuil, l'auteur de l'Histoire des désagréments causés à l'homme somnole en songeant à ce livre qui couronnera sa carrière et posera définitivement sa gloire sur de larges assises. Il voit, dans une rêverie évocatrice, le défilé des grandes figures féminines de tous les temps, de ces femmes dont la beauté ou l'intelligence pernicieuse influèrent trop souvent sur le cours des événements, sur le destin des empires, de ces femmes qui furent toutes, suivant M. des Marettes, en tous pays et à toutes les époques, par leurs défauts ou même par leurs qualités, plus ou moins funestes au repos des peuples!

Regardez! C'est l'aurore des temps. C'est Ève d'abord, la première, dont il est inutile de rappeler la faute aux incalculables conséquences, Ève marchant, blonde et souriante, en tête d'un cortège d'apparitions étincelantes et fulgurantes: Sémiramis, Hélène, Cléopâtre, et bien d'autres; des reines, des princesses, des épouses tyranniques, tourments de paisibles monarques, des fiancées jalouses bouleversant les États de malheureux princes inoffensifs, de terribles reines mérovingiennes, d'altières duchesses du Moyen âge amenant ou portant la ruine et la dévastation de province en province, des favorites enfin qui, par leurs intrigues ou simplement par le jeu de leurs jolis yeux, doucement voilés de cils blonds, lancent les peuples les uns contre les autres!..

Et, parmi ces figures historiques, d'autres femmes de toutes les époques, bourgeoises de condition modeste, qui, dans le cercle restreint de la vie privée, à défaut de peuples à tracasser, de destins de nations à bouleverser, ont dû se contenter de gouverner plus ou moins despotiquement leur ménage…

LA LIGUE DES REVENDICATIONS MASCULINES.

Ah, grand Dieu! ces tyrannies minuscules qui s'exercent sur cet infime théâtre, contenues entre les quatre murs d'un appartement et non répandues entre les frontières d'un vaste royaume, ce sont peut-être les plus dures, celles dont le joug pèse le plus lourdement, sans repos, sans trêve, toujours… Ce pauvre Arsène des Marettes ne le sait que trop par expérience!

LA CHIMIE VÉNÉNEUSE, EMPOISONNEUSE ET SOPHISTIQUEUSE

Phénomène étrange, toutes ces apparitions, impératrices ou favorites, grandes dames ou bourgeoises, depuis Hélène jusqu'à la Pompadour, elles ont toutes la figure de Mme des Marettes, telle qu'elle était lors de sa fugue il y a trente-deux ans, telle que se la rappelle son vindicatif époux! Ève elle-même, la première de toutes, c'est déjà Mme des Marettes, qui fut une fort jolie blonde d'ailleurs, aux yeux pleins de langueur; l'orgueilleuse Sémiramis, c'est Mme des Marettes cherchant à imposer cruellement son autorité; Frédégonde, c'est la coléreuse petite Mme des Marettes s'escrimant du bec et des ongles et cassant jadis les assiettes du ménage; Marguerite de Bourgogne, c'est encore Mme des Marettes; Marie Stuart, qui avait le mot piquant et qui, ses maris manquant, ennuya fort Élisabeth d'Angleterre, c'est Mme des Marettes lançant à son époux, dès la lune de miel, changée en lune de vinaigre, des mots désagréables; Catherine de Médicis, la terrible dame aux poisons savants, aux élixirs de courte vie, c'est Mme des Marettes, servant un jour aux invités de son mari, de graves magistrats, des carafes d'Hunyadi-Janos avec le vin!..