Une commission d'ingénieurs généraux, nommée par le ministère de la Guerre, avait été chargée d'élaborer dans le plus grand secret un projet d'organisation du corps médical offensif. Elle tenait séance toutes les après-midi, sous la présidence de l'illustre savant.
On voyait peu Estelle Lacombe au laboratoire; la jeune fille, en arrivant chaque matin, se hâtait, après avoir fait acte de présence chez M. Sulfatin, de gagner l'appartement de Mme Lorris, où personne des amis et relations de Philox Lorris, tous gens de science, d'affaires ou de politique, ne pénétrait jamais. Mme Philox Lorris était si occupée, pensait-on, toujours perdue dans les plus profondes méditations philosophiques, tournant et retournant pour son grand ouvrage les plus nébuleux problèmes de la métaphysique.
La fiancée de Georges Lorris, ayant gagné complètement la confiance et l'amitié de sa future belle-mère, fut pourtant à la fin mise dans la confidence de ces travaux, dont la seule idée la faisait trembler presque autant que les vastes conceptions scientifiques de Philox Lorris. Un jour, Mme Lorris l'introduisit mystérieusement dans une petite pièce que Philox Lorris appelait le cabinet d'études de Madame.
C'était un petit salon fort gai, rempli de fleurs, suspendu comme une cage vitrée sur l'angle de l'hôtel, avec vues sur le parc et sur l'immense déroulement des toits et des monuments de la grande ville.
«Voyez si j'ai confiance en vous, ma chère Estelle, dit Mme Lorris; je vais tout vous dire, il me semble que vous n'êtes pas trop ingénieure pour me comprendre.
— Hélas! je le suis si peu, madame, à mon grand regret et malgré mes efforts! M. Philox Lorris me le reproche toujours…
— Tant mieux! tant mieux! Je puis vous révéler mon grand secret… Je m'enferme ici pour…
— Je sais, madame, pour méditer et écrire votre grand ouvrage philosophique, dont M. Lorris donnait l'autre jour devant moi des nouvelles à quelques membres de l'Institut…
— Vraiment! il en parlait?
— Oui, madame…