L'homme a régularisé aussi les saisons et les a mieux distribuées. Il a capté les pluies au moyen d'appareils électriques et recueilli pour ainsi dire à la main les nuages chargés d'humidité, les ondées menaçantes qui s'en allaient ici ruiner les moissons, — pour les conduire là-bas vers des contrées où la terre calcinée, où l'agriculture altérée imploraient ces pluies comme un bienfait.

Cette merveilleuse conquête de la science moderne, vieille à peine d'une quinzaine d'années en 1953, a déjà sur bien des points changé la face du globe; elle a rendu à la vie des zones devenues presque inhabitables, des déserts de roches effritées ou de sables arides, sur lesquels la créature végétait misérablement entre la soif et la faim.

Allez voir renaître la vieille Nubie ou les steppes brûlants de la Perse, semés de débris qui furent des capitales de nations éteintes. Les mamelles naguère desséchées de l'Asie, vénérable mère des peuples, redonnent du lait aux fils de l'homme!

C'est la conquête définitive de l'Électricité, du moteur mystérieux des mondes qui a permis à l'homme de changer ce qui paraissait immuable, de toucher à l'antique ordre des choses, de reprendre en sous-oeuvre la Création, de modifier ce que l'on croyait devoir rester éternellement en dehors et au-dessus de la Main humaine!

L'Électricité, c'est la Grande Esclave. Respiration de l'univers, fluide courant à travers les veines de la Terre, ou errant dans les espaces en fulgurants zigzags rayant les immensités de l'éther, l'Électricité a été saisie, enchaînée et domptée.

C'est elle maintenant qui fait ce que lui ordonne l'homme, naguère terrifié devant les manifestations de sa puissance incompréhensible; c'est elle qui va, humble et soumise, où il lui commande d'aller; c'est elle qui travaille et qui peine pour lui.

Elle est l'inépuisable foyer, elle est la lumière et la force; sa puissance captive est employée à faire marcher aussi bien l'énorme accumulation de machines colosses de nos millions d'usines, que les plus délicats et subtils mécanismes. Elle porte instantanément la voix d'un bout du monde à l'autre, elle supprime les limites de la vision, elle véhicule dans l'atmosphère l'homme, son maître, la lourde créature, jadis ridiculement attachée au sol comme un insecte incomplet.

Les pluies régularisées. Appareils de captation électrique des courants atmosphériques.

Enfin, si elle est outil, flambeau, porte-voix intercontinental, interocéanique et bientôt interastral, et mille choses encore, elle est arme aussi, arme terrible, terrifiant engin de bataille…