«Et puis assez de Philox, le grand Philox, l'illustre Philox, l'immense et vertigineux Philox, ce n'est pas lui qu'Estelle épouse!.. C'est un jeune homme moins immense, mais plus aimable.
GEORGES REMONTA EN AÉROCAB VERS ONZE HEURES.
— Mais la dot? lui as-tu dit qu'Estelle…
— Une dot! Nous nous occupons bien de ces misères… Quel bourgeois tu fais!»
L'arrivée de Georges Lorris interrompit l'entretien. Il n'était jamais venu à Lauterbrunnen-Station. Jusqu'à présent, le jeune homme avait communiqué avec le chalet Lacombe uniquement par Télé. Il était un peu ému, il allait se trouver réellement en présence d'Estelle. Qu'allait-elle dire? Il lui venait des craintes; si, par malheur, elle n'avait pas le coeur libre, si elle allait le repousser!
Il fut bientôt rassuré. L'accueil de Mme Lacombe lui montra que tout allait bien, et lorsque enfin Estelle parut toute confuse et pâle d'émotion, une douce pression de main fut la réponse à la question muette que posaient les yeux inquiets du jeune homme.
Il passa une soirée charmante au chalet Lacombe, et, quand il remonta en aérocab, vers onze heures, pour regagner le tube d'Interlaken, les larges rayons de lumière électrique du phare éclairant fantastiquement les montagnes, perçant l'obscurité des vallées et faisant étinceler comme des escarboucles les énormes pics, et luire les glaciers ainsi que des coulées de diamants, lui semblaient, comme des promesses d'avenir lumineux, éclairer devant lui une longue existence de bonheur.
Bien entendu, Philox Lorris bondit de colère et d'étonnement, lorsque, le lendemain matin, son fils lui fit part de sa détermination en sollicitant son consentement. Philox eut un violent accès d'éloquence rageuse. Eh quoi! son fils n'attendait pas qu'il lui eût découvert la doctoresse en toutes sciences, la femme scientifique, la fiancée sérieuse et mûre qu'il lui avait promise! Eh quoi! il allait déranger tous ses plans, ruiner toutes ses espérances avec ce sot mariage…
«La sélection! la sélection! Tu méconnais la grande loi de la sélection… Ce n'est pourtant pas d'aujourd'hui que la science a donné raison aux vieilles idées d'autrefois et reconnu que la sélection était la base de toutes les aristocraties… En notre temps de démocratie à outrance, on a tout de même été forcé d'en rabattre et de s'incliner devant la force de la vérité… Mon garçon, les anciennes aristocraties avaient raison de se montrer hostiles à la mésalliance!