L'INGÉNIEUR MÉDICAL SULFATIN.
Georges Lorris, dès qu'il eut installé Estelle dans un fauteuil d'osier, plia soigneusement les instructions de Philox Lorris, les mit dans sa poche et s'en alla dire deux mots au mécanicien. Aussitôt l'aéronef, qui avait pris la direction du Sud, vira légèrement sur tribord et pointa droit vers l'Ouest. Sans doute Sulfatin, qui tâtait le pouls à son malade, ne s'en aperçut pas, car il ne fit aucune observation. Le temps était superbe, l'atmosphère, d'une limpidité parfaite, permettait à l'oeil de fouiller jusqu'en ses moindres détails l'immense panorama qui semblait avec une vertigineuse rapidité se dérouler sous l'aéronef: chaînes de collines, plaines jaunes et vertes, capricieusement découpées par les méandres des rivières, forêts étalées en larges taches d'un vert sombre, villages, villes, bourgs de plaisance, groupements de villas élégantes, faubourg de quelque riche cité devinée dans le lointain à sa couronne de véhicules aériens, agglomérations industrielles, noires usines aux formes étranges, enveloppées d'une atmosphère d'épaisses fumées dont la coloration suffit parfois à indiquer le genre d'industrie exploité…
DÉPART POUR LE VOYAGE DE FIANCAILLES.
On suivit quelque temps, à 600 mètres au-dessus, le tube de Paris-Brest, on croisa plusieurs aéronefs ou omnibus de Bretagne, et Sulfatin, qui contemplait le paysage avec une lorgnette, ne dit rien; on passa au-dessus des villes de Laval, de Vitré, de Rennes, signalées pourtant à haute voix par Georges, sans qu'il fit aucune observation.
Ce fut Estelle, plongée comme dans un rêve charmant, qui tout à coup quitta le bras de Georges.
«Mon Dieu, fit-elle, je n'y songeais pas, tant j'étais heureuse, mais nous n'allons pas à Saint-Étienne?
-Étudier les hauts fourneaux électriques, forges, laminoirs, établissements industriels et volcans artificiels, etc., répondit Georges en souriant; non, Estelle, nous n'y allons pas!..
— Mais les instructions de M. Philox Lorris?
— Je ne me sens pas en train en ce moment pour ce genre d'occupations… Je serais obligé de faire une trop dure violence à mon esprit, qui est aujourd'hui entièrement fermé aux beautés de la science et de l'industrie…