Quelques quartiers apparaissent voilés par un treillis serré et embrouillé de fils électriques qui semblent les envelopper d'une gigantesque toile d'araignée. Trop de fils! Ces réseaux courant en tous sens sont, à certains endroits, un obstacle à la circulation aérienne; bien des accidents ont été causés par eux aux heures nocturnes, malgré l'éclat des phares et des lampadaires de toits, et l'on a vu maintes fois des passagers d'aérocabs foudroyés au passage, ou blessés et presque décapités par la rencontre d'un fil inaperçu.
Tout près de l'hôtel Lorris se montre le plus ancien de ces légers édifices escaladant les nuées construit jadis par un ingénieur qui pressentait la grande circulation aérienne de notre temps, l'antique et bien vénérable tour Eiffel, élevée au siècle dernier, un peu rouillée et déversée.
LA BONNE A TOUT FAIRE.
Cette vieille tour a reçu récemment, au cours d'une complète restauration bien nécessaire, de considérables adjonctions; ses deux étages inférieurs sont enserrés dans de magnifiques et décoratives plates-formes d'une contenance de plusieurs hectares, organisées en jardins d'hiver, supportées par deux ceintures d'arcs de fer d'un grand style. Comme pendant, de l'autre côté du fleuve, montent et se perdent, dans l'atmosphère des coupoles, les terrasses et les pointes de Nuage-Palace, le grand hôtel international aux architectures étranges, construit au sommet de l'ancien Arc de Triomphe, par une société financière qui a, par toutes ces splendeurs, ruiné deux séries d'actionnaires, mais qui, sur l'Arc de Triomphe à elle vendu par l'État en un moment de gêne après notre douzième révolution, a superposé de véritables merveilles.
Plus loin, au-dessus du bois de Boulogne, découpé en petits squares, s'élève Carton-Ville, un quartier ainsi baptisé à cause de ses élégantes et vastes maisons de rapport entièrement construites en pâte de papier aggloméré, rendue plus solide que l'acier et plus résistante que la pierre aux intempéries des saisons, avec des épaisseurs bien moindres, ce qui économise la place. L'avenir est là; dans la construction moderne, on n'emploie plus beaucoup les lourds matériaux d'autrefois: la pierre est à peu près dédaignée, le Pyrogranit en tient lieu dans les constructions monumentales, disposé en cubes fondus d'une bien autre résistance que la pierre et appliqué de mille façons à la décoration des façades. On n'a plus recours au fer que dans certains cas, lorsqu'on a besoin de supports solides, colonnes ou colonnettes, et partout maintenant le carton-pâte est employé concurremment avec les plaques de verre, murailles transparentes, qui laissent les pièces d'apparat des maisons se pénétrer de lumière.
Les grands magasins, certains établissements, comme les banques, sont maintenant construits entièrement en plaques de verre; l'industrie est même parvenue à fondre d'une seule pièce des cubes de 10 mètres de côté, à cloisons intérieures pour bureaux, et des belvédères également d'une seule pièce.
De son petit hôtel si merveilleusement situé, M. Philox Lorris veut faire un modèle d'arrangement intérieur; le chef de son bureau d'ingénieurs-constructeurs est à l'oeuvre. Georges Lorris donne ses idées et ses plans, qui sont un peu les idées et les plans d'Estelle et, par conséquent, ceux de Mme Lacombe; mais son père les met imperturbablement de côté ou les modifie si complètement que Georges ne les reconnaît plus. N'importe, ce sera bien.
L'embarcadère, à 12 mètres au-dessus du toit, est tout en verre, supporté par une gracieuse et artistique arcature de fer. Une coupole, surmontée d'un phare électrique, abrite quatre ascenseurs desservant les appartements particuliers de Monsieur et de Madame, les appartements de réception et l'aile des laboratoires et cabinets de travail. Sur l'un des côtés de la plate-forme de l'embarcadère débouche le grand ascenseur de service, près de la remise des aéronefs, haute tour rectangulaire sur un angle de la maison, ayant place pour dix véhicules superposés, avec les ouvertures de ses dix étages sur un des côtés.
Les salons de réception sont tout à fait somptueux; le précédent propriétaire en avait fait une galerie de photo-peinture. M. Philox Lorris a remplacé les tableaux partis par quatre grands panneaux décoratifs: l'Eau, l'Air, le Feu, l'Électricité, panneaux animés, vivants pour ainsi dire, et non froides peintures.