— Vous l'avez dit! Lorsqu'on a cherché à susciter à des microbes dangereux des microbes ennemis chargés de les détruire, ces microbes développés sont devenus à leur tour des ennemis pour la pauvre race humaine et ont donné naissance à des maladies inconnues, déroutant pour un instant les hommes de science qui ont le plus étudié la toxicologie microbienne…

— Et, permettez-moi de vous le dire, messieurs, fit le ministre, les méfaits de la chimie sont pour beaucoup dans notre triste état de santé à tous…

— Comment! les méfaits?…

— Disons, pour ne pas offenser la science, les inconvénients de la chimie trop sue, trop pratiquée, c'est-à-dire la chimie appliquée à tout, à la fabrication scientifique en grand des denrées alimentaires, liquides ou solides, de tout ce qui se mange et se boit, à l'imitation de tous les produits naturels et sincères, ou à leur sophistication… Hélas! tout est faux, tout est feint, tout est fabriqué, imité, sophistiqué, adultéré, et nous sommes, en un mot, tous empoisonnés par tous les Borgias de notre industrie trop savante!

— Hélas! dit un député, qui était un ex-bon vivant, actuellement ravagé par une incurable maladie d'estomac.

— Sans compter mille autres causes, comme le nervosisme général produit par l'électricité ambiante, par le fluide qui circule partout autour de nous et qui nous pénètre-les maladies industrielles frappant les hommes employés à telle ou telle industrie dangereuse et se répandant aussi autour des usines, puis l'effrayante agglomération des grouillantes fourmilières humaines de plus en plus serrées sur notre pauvre univers trop étroit…

LES CONTINENTS BONDÉS COMME LES RADEAUX DE LA MÉDUSE

— Les continents, l'Amérique, l'Europe, l'Afrique bondées, l'Asie débordant de Chinois, dit un des hommes politiques, sont comme d'immenses radeaux flottant sur les eaux et chargés à sombrer de passagers affamés, prêts à s'entre-dévorer entre eux!..