LES PREMIERS VAGISSEMENTS DE L'ENFANT, REÇUS PAR LE PHONOGRAPHE.

— Et?

— Et je l'ai fait reproduire à cent cinquante exemplaires, que j'ai placés dans les phonographes du laboratoire de physique, reliés par un fil; j'ai tout préparé, c'est très simple; tout à l'heure, Sulfatin, en s'asseyant dans son fauteuil, établira le courant et cent cinquante phonographes lui répéteront ce que disait l'autre jour le savant américain…

— Mon Dieu! pauvre M. Sulfatin; qu'avez-vous fait? Vite, enlevez ce fil…»

Georges hésitait.

«Vous croyez que j'ai été un peu trop loin?….. Mais il est trop tard, voici Sulfatin!»

Dans le grand laboratoire où, devant des installations diverses, parmi des appareils de toutes tailles, aux formes les plus étranges, au milieu d'un formidable encombrement de livres, de papiers, de cornues et d'instruments, travaillent une quinzaine de graves savants, plus ou moins barbus, mais tous chauves, enfoncés dans les méditations ou suivant, attentifs, des expériences en train, Sulfatin venait d'entrer, marchant lentement, la main gauche derrière le dos et se tapotant le bout du nez de l'index de la main droite, ce qui était chez lui signe de profonde méditation.

Il alla, sans que personne levât la tête, jusqu'à son coin particulier et lentement tira son fauteuil. Il fut quelque temps à prendre sa place, il remuait sur la grande table des papiers et des appareils. Georges, voyant qu'il tardait à s'asseoir, allait s'élancer et couper le fil pour arrêter sa mauvaise plaisanterie, mais tout à coup Sulfatin, toujours d'un air préoccupé, se laissa tomber sur son siège.

Ce fut comme un coup de théâtre.