Il y a d'autres personnes qui réclament cet honneur, mais vu les conditions qui existaient en 1862, il faut ici rejeter les prétentions que pourrait avancer tout homme de couleur qui n'était pas alors affranchi de la servitude.
Mais revenons à notre récit. Le général Butler, s'étant sans doute aperçu que ses visiteurs personnifiaient l'intelligence, la responsabilité civique et l'éducation, s'entretint avec eux sur une question plus importante que la remise de quelques vieux fusils qu'on disait même inutiles bien avant qu'ils n'eussent été livrés aux soldats.
Après avoir entendu leur rapport, il leur posa cette question:
"Quelles sont les dispositions de votre population à l'égard du Gouvernement Fédéral?"
Puis il ajouta: "Ne vous pressez pas; retirez-vous, et méditez mûrement sur la réponse que vous devez formuler".
Ces messieurs suivirent le conseil du général et allèrent à l'écart se consulter, afin d'être mieux préparés à prendre la responsabilité de leurs déclarations.
Henri L. Rey prit la parole et dit au général Butler qu'on n'avait tenu aucune assemblée du peuple pour savoir exactement quelle était son attitude vis-à-vis du gouvernement, mais que, d'après leur expérience sur d'autres points, ils croyaient pouvoir affirmer que ce peuple ne pouvait avoir d'autres sentiments que ceux d'une parfaite loyauté à la cause de l'Union. Ses collègues et lui-même offraient leurs services, séance tenante, au général Butler qui leur faisait l'honneur de les consulter sur un sujet aussi grave.
"Il va sans dire", continua M. Rey, "que je suis d'accord en tous points avec mes compatriotes".
"Bien", reprit le général, "comme représentant du Gouvernement fédéral, j'accepte vos services".
Quinze jours après, parut l'ordre de Butler invitant la population de couleur à s'enrôler sous la bannière de la liberté.