Malgré l'hostilité prédominante, il rencontra chez certains membres de ce corps législatif de très honorables sympathies.
Au nombre de ces amis de la justice, nous citerons les sénateurs Tissot et Caffery, tous deux morts aujourd'hui. Leur travail, comme défenseurs de la morale et de la liberté, ne sera jamais oublié.
Il y en avait encore d'autres, mais ceux-là ne prirent pas de part directe à la lutte comme les deux personnages que nous venons de nommer.
Le sénateur Caffery était le président du Comité judiciaire ayant charge du projet de loi; le juge Tissot, lui, porta la parole, longuement même, en opposition à cette mesure arbitraire.
L'archevêque Janssens s'occupa activement de la question dans une lettre que l'éminent prélat eut la bienveillance d'adresser au sénateur Caffery, il montrait la nouvelle loi comme une violation de la liberté de conscience.
Toutes ces mesures avaient été prises à la sollicitation du Comité des Citoyens. L'agitation entretenue par ce dernier et par le Crusader produisit ses fruits: le premier projet de loi contre le sacrement du mariage et la liberté individuelle ne fut pas même mis en délibération.
Toutefois, cette odieuse mesure inspirée par le préjugé devait reparaître bientôt.
En 1894, la question était reprise et, en 1896, la loi, adoptée enfin, était en pleine vigueur: c'était la loi Gauthreaux. Disons que M. Gauthreaux, jusqu'à ce moment-là, n'avait pas craint de se tenir du côté de la justice. En 1894, il n'y eut ni intervention ni intercession. La population resta abandonnée à ses misères, à tel point qu'elle pouvait regarder la charité chrétienne comme un nouveau paradoxe.
Le Comité avait perdu ses défenseurs: l'archevêque restait inactif, le sénateur Tissot était mort, et le sénateur d'État Caffery était passé au Sénat des États-Unis. La coopération de ces trois hommes formait la clef de voûte de nos espérances; lorsqu'ils nous firent défaut, nous sommes restés sans soutien et sans consolation. Les appuis auxiliaires, une fois libres, émancipés des influences principales, changèrent naturellement leur attitude.
Les plus timides de ces inconstants ont cédé par crainte des menaces, les autres ont obéi à d'autres motifs, mais tous indistinctement sont retournés à leurs anciennes alliances.