C'est à toi que je dois tous mes goûts de poète:
C'est toi qui m'instruisis aux métriques accents,
Ma muse vierge encore et sensible et discrète,
Fait entendre pour toi le premier de ses chants.

Dans mon âme jamais que le temps ne l'efface!
Tu me donnas la clef du langage des Dieux;
Tu me montras du doigt l'ingénieux Horace,
De Virgile m'ouvris le livre harmonieux!

Tu ne fus point pour nous comme ce maître avide
Qui vend au poids de l'or ses talents aux abois,
Dont la plume de fer jamais ne se décide
Qu'à faire un "J'ai reçu" quand vient la fin du mois.

L'on ne t'a jamais vu, Gros-Jean maître d'école,
Emprunter ta science à Constant Letellier;
Tu ne fis pas de nous un obscur monopole,
Ne vendis pas le banc et même l'écolier.

Non, l'on ne te vit point signant dans la gazette
Un A gonflé d'orgueil ou bien un Z bavard,
Faire de quelqu'ami la louange indiscrète
Ou l'éloge menteur d'un Mécène bâtard.

Artiste, gloire à toi! Sois orgueilleux, poète!
Emule audacieux de Lavan, de Daru,
Par toi Louisiana jouit d'un jour de fête,
Aux bords de son grand fleuve Horace est apparu.

Pourquoi ne vas-tu pas t'asseoir au Colysée,
Interroger des yeux les restes de Poestum,
Parcourir en rêvant Ferrare délaissée,
Fouiller dans Pompéï, puis dans Herculanum?

Je me suis dit: Enfant, il est temps de remettre
Au modeste rhéteur le tribut mérité.
Je n'ai qu'un mot pour toi, le voici: merci, Maître;
Ma bouche te le dit, mais mon cœur l'a dicté.

Tout ce que nous pouvons ajouter en matière de réflexion, c'est que les sentiments exprimés dans les vers qui précèdent nous apprennent d'une façon singulièrement sensible tout ce qu'il y a de bien ou de mal dans l'influence du contact.

Des Lépouzés font des Valcours.